Accueil Date de création : 28/10/07 Dernière mise à jour : 11/02/09 17:42 / 34 articles publiés

99 francs faux film subversif mais vrai projet ambitieux  (Critiques) posté le mardi 30 octobre 2007 19:50

99 F est présenté comme un pamphlet contre le monde de la pub, un film subversif, provocateur et courageux, là où il n'est que vain, gratuit et par dessus tout - et paradaxolament - lâche. Ainsi plutôt que de prendre le parti de dépeindre un monde schizophrène, où le talent créatif de quelques un se voit perverti par des impératifs commerciaux écrasants, Jan Kounen se contente de filmer un monde directement mysogine et raciste, où la créativité est ouvertement bridée, et ce à travers de blagues dont le niveau de dépasse jamais le niveau des pubs elles-même.

Cette façon faussement subversive de dépeindre ce monde de la pub est surtout la manière la plus facile qui soit d'obtenir l'adhésion d'un spectateur enfoncé dans ses réflexes de beaufs, critiquant en surface des clichés télévisuels éculés mais sans jamais en remettre réellement en question le fonctionnement profond, sans jamais nuancer ne serait-ce qu'un seul instant un propos résolument unidirectionnel, à tel point que le film finit par n'être que vain, puisque ne proposant rien de plus que ce que n'importe quel blaireau dégénéré a pu penser devant les pubs Kinder et Special K.

Pour cacher cet absence absolue de fond et de réflexion un tantinet intéressante, Kounen multiplie les effets visuels gratuits censés représenter l'état mental de son héros bousillé par une société dominé par l'imagerie publicitaire. Problème, si cette intention est déjà un tantinet louable, elle a pour effet de donner l'impression de regarder les clips de MTV complètement bourré, ce qui n'est rien d'autre que profondément ennuyeux.

N'exagérons rien, le film n'est pas qu'une succession de moments de délire sous influence, et possède une bonne partie de passages de comédie, passages incroyablement chiants dans la mesure où, ne sachant pas les filmer, Kounen en revient à refuser toute mise en scène pour filmer plan-plan des échanges supposés intéressants.

Kounen qui confond "mise en scène" avec "effet" essaye tant bien que mal d'anihiler la conscience du spectateur sous l'inventivité de certaines idées, mais ne cachant nulement leur vide émotionel. Et quand vient l'heure de filmer calmement des échanges normaux, Kounen fait ce qu'il peut pour soigner son cadre, mais en oublie que la beauté des plans ne remplacera jamais leur impact, et dès lors le film s'apparente à un fond d'écran qui, à l'image de la pub qu'il attaque tant, cache un vide abyssale sous une certaine sophistication technique.

Cela dit il y a au moins un aspect pour lequel 99 francs se doit d'exister, un aspect qui me fait dire "ça n'aura pas été vain", un aspect qui m'a donné envie d'aller voir le film malgré mes mauvais pressentiments : 99 francs est un vrai film.  "vrai" non pas ici dans le sens du résultat - auquel je n'ai pas du tout accroché - mais comme projet, puisqu'il s'agit d'abord d'Alain Goldman - producteur - ayant envie de lancer l'adaptation d'un livre dont il croit au potentiel cinématographique (ouais je sais ça pète comme adjectif), de plusieurs réalisateurs qui ont essayé de l'adapter avant que le projet ne tombe entre les mains de Jan Kounen, et d'un acteur (Jean Dujardin dont je pense le plus grand bien) réellement investi dans le projet et dans son rôle.

Si d'un côté le succès du film m'attriste un peu (surtout vu le non-succès de L'ennemi intime, lui vrai film de cinéma réellement mis en scène et dont je publierais la critique plus tard), il montre néanmoins que les français commencent à ne plus regarder avec un regard suspicieux les films compatriotes ouvertement mis en scène et travaillé. C'est déjà ça !

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Bienvenue chez les Robinson ou quand le cinéma remplace un bon café  (Critiques) posté le mardi 30 octobre 2007 17:06

Il y a déjà quelque temps de cela, je me trouvais au dernier étage de la BU de mon UMPF d'université, le nez collé à un énorme bouquin consacré à l'art de la renaissance. Sentant que toute énergie était en train de partir, que mes yeux allaient finir par lâcher (ce qui aurait tâché le coûteux livre) et que 16h était à moins de 20min de temps, je pris mon courage à deux mains et entreprit dans une course contre la montre insensée de me rendre au multiplexe le plus proche afin d'y voir le film le plus facilement prenant que je pourrais trouver.

Arrivé dans le dit lieu, mes yeux trouvent sur le tableau lumineux le titre que vous savez, et ni une ni deux j'arrive dans la salle qui, pour mon plus grand plaisir, est absolument vide de tout marmot insupportable, et n'a pour seuls occupants qu'un couple de japonais qui semblent avoir eu la même démarche que moi.

 Commence alors le film, qui s'il ne va rien révolutionner ni même marquer, est en tout cas éminemment sympathique, et surtout bourré de caféine jusqu'à la moelle, puisque souffrant du syndrome de la plupart des films d'animation du moment, à savoir de vouloir en foutre plein la gueule à tout le monde, de multiplier jusqu'à l'excès des rebondissements improbables et de surtout - surtout - ne  jamais poser l'action plus de 30 secondes, temps nécessaire à donner quelques informations clés pour la compréhension de l'histoire, histoire pas inintéressante en soi par ailleurs.

Il faut bien le dire, ce défaut inhérent à l'essentiel de la production animée - américaine - actuelle (exception notable des Pixar) m'a toutefois permis de me recharger les batteries sans pour autant perturber mon (fragile) sommeil (pas de caféine après 16h !), ce qui n'est tout de même pas rien vu l'état dans lequel je me trouvais. Mais cette volonté (noble) de ne jamais ennuyer le spectateur et de l'assomer sous une avalanche d'évènements plus ou moins crédibles risque fort 1) de lasser ce spectateur qui aimerait bien parfois un peu plus de douceur (et la tendresse bordel !) et 2) de parasiter grandement leur potentiel de revisionnement, ce qui revient à les considérer avant tout comme des produits de consommation, éphémères et tout juste bon à venir amasser quelque argent avant de disparaître de la circulation.

Etrangement (ou pas d'ailleurs) cette politique ne semble pas payer plus que ça, dans la mesure où les succès sont loin d'être phénoménaux (au mieux c'est honnête, au pire c'est un bide), là où le respect total de l'intelligence du public et l'importance de l'histoire et des personnages permettent à Pixar d'atteindre des sommets de bénéfice (l'étonnante longévité de leur Ratatouille de dernier en date le prouve) tout en proposant de véritables projets artistiques dont les messages ne se résument pas dans des petites phrases toutes faites...ce que propose Bienvenue chez les Robinson, puisque prenant pour base une citation de Walt Disney (l'homme, le vrai) disant que quelque soit les obstacles que l'on rencontre dans la vie, il faut aller de l'avant.

Dès lors, le film s'attache à illustrer cette citation de manière extrêmement lourdingue et horripilante, et qui plus est absolument directe (la phrase en question et ses dérivées sont constamment  répétées dans le film, et un certain nombre de petites scénettes illustrative complètement inutiles enfoncent un peu plus le clou).

Néanmoins il serait de mauvaise de foi de ma part de réduire l'intrigue du film à l'illustration abusive de cette phrase, puisque se greffe par dessus une (légère) réflexion sur les conséquences de nos actes. Alors bien sûr, c'est moralisateur au possible (c'est quand même du Disney que diable !) et  toujours un brin lourdingue, mais cet aspect du film n'en reste pas moins relativement intéressant, surtout dans la mesure où il donne lieu à une diminution certaine du manichéisme inhérent à ce genre de production.

La grande force du film provient avant tout de son scénario, sachant intégrer habilement ses quelques axes thématiques à une intrigue solide et bien ficelée, bien que constemment à la limite du ridicule, ridicule toujours récupéré par le côté carré de l'intrigue, prouvant qu'avant les idées, c'est la manière de raconter ces idées qui influence le plus sur notre perception du film.

Je ne m'étendrais pas sur la réalisation (carrée mais se limitant à de l'illustration correcte) ni sur la technique (la comparaison avec Pixar est fatale, surtout au niveau des animations qui vident de crédibilité un grand nombre de passages et de personnages).

Bref, sous ses dehors de film pour gamin débile et moralisateur, Bienvenue chez les Robinson témoigne d'un vrai savoir-faire scénaristique, handicapé néanmoins par une réalisation et une technique paresseuse, et par sa volonté de booster le rythme à chaque scène sans savoir quand s'arrêter pour profiter de l'instant. Il n'en reste pas moins un film agréable à regarder qui, s'il ne marquera nullement, pourra momentanément vous recharger les batteries, ce qui en soi n'est pas rien. 

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Dolores Claiborne de Taylor Hackford (USA/1995)  (Critiques) posté le dimanche 28 octobre 2007 21:11

    Dolores Claiborne est un film qui aurait pu être ridicule, bancal, maladroit, too-much et qui plus est à l’idéologie douteuse. Et pourtant, bien que marchant sur une pente extrêmement glissante, jamais il ne fait un seul faux pas, traitant son sujet avec toute la finesse et la subtilité qui se doit, et s’omettant bien gentiment de donner une quelconque morale au spectateur.

    Tout prédestinait Dolores Claiborne à l’échec. D’abord son sujet. A lire le pitch et même à voir la jaquette se profile un film chiant comme la mort, déjà vu et revu des centaines de fois au cinéma, avec cette fille qui va redécouvrir sa mère (Dolores Claiborne donc) alors que celle-ci est accusée de meurtre. Est-elle coupable ? A dire vrai on s’en fout un peu, car quand bien même la première scène présente cette vérité comme évidente, le film a le bon goût de se concentrer sur la relation mère/fille, et ce d’une manière étonnement subtile. Pour cela, Taylor Hackford sait exploiter tout le potentiel de ses merveilleuses actrices (Kathy Bates et Jennifer Jason Leigh tout de même) qui crèvent littéralement l’écran sans jamais chercher à tirer la couverture à son côté, conférant au film tout l’équilibre qui lui est nécessaire. D’un côté la mère, figure épuisée, accusée de partout, meurtrie par une longue et pénible vie ; de l’autre la fille qui a préféré fuir l’île de son enfance pour vivre à New-York, et qui revient régler ses comptes avec sa mère. Vous avez dit cliché ? Attendez de voir le film avant de le conspuer, car cette situation apparemment éculée est à l’écran incroyablement crédible.

    L’une des forces de Dolores Claiborne réside dans sa superposition d’un paquet d’intrigues et de sous-intrigues parfaitement liées les unes aux autres et qui au final se regroupent. Cette densité scénaristique permet donc au film d’être toujours captivant. On croit deviner la suite ? Eh voilà que l’histoire prend soudainement une autre direction. Et en parlant de ces directions, parlons des flash-backs qui constituent une part très importante de l’histoire, et qui sont totalement intégrés dans la narration. Lorsque le premier arrive un doute survient : cette utilisation de l’irruption du passé dans un cadre présent, ce changement de lumière (grisâtre pour le présent, doré et coloré pour le passé) sent le déjà-vu… Encore une fois la maîtrise du réalisateur (Taylor Hackford, je ne dirais jamais son nom assez de fois) parvient à supplanter tout ça, car non seulement les séquences de flash-back sont parfaitement naturelles en elle-même (on n’a pas l’impression de regarder un flash-back, on le vit comme n’importe quel morceau de l’histoire), mais elles s’intègrent parfaitement dans le fil narratif de l’histoire. Ainsi plutôt que de constituer une pause dans la narration, avec la mère qui raconte à sa fille ce qu’elle a oubliée, ces flash-back sont un véritable moteur de leur relation et agissent clairement sur elles. Signalons d’ailleurs que les transitions sont toujours bienvenues, résultat d’un travail à la fois narratif (les lieux ou les actions qui sont similaires lors des passages entre le présent et le passé) et visuel (le challenge étant pour le réalisateur d’être à la hauteur de la perfection du scénario qu’il a entre les mains, scénario auquel il rend par ailleurs parfaitement justice). Tous les passages « à risque » du film sont d’ailleurs magistralement traités, et rien qu’en y repensant j’hallucine que des idées aussi bateaux passent aussi bien dans le film (je ne dirais rien pour ne pas spoiler, mais avec du recul un paquet de passages du film sentent le déjà vu sans jamais que ça se ressente à l'écran).

    Passons au fond de l’histoire. Dolores Claiborne semble se présenter comme un drame voire un mélo (après tout la fille est une inconnue et arrive dans une communauté déjà bien organisée). En réalité il s’agit plus d’un film d’horreur social (un peu comme Le couperet récemment, sauf qu’à la place du monde du travail le film est centré autour du monde de la famille), et à la manière d’un certain nombre de films d’horreur, le film peut sembler sous certains aspects un brin fasciste, avec la victime qui se fait justice soi-même (un peu ce que Jack Lee Thompson décrivait dans Les nerfs à vif et Le justicier de minuit). Un petit doute arrive alors : ce film serait-il moralement répugnant ? Réponse : non, car jamais il ne donne une quelconque leçon de morale. Tout dans l’acte qui aurait pu être fasciste n’est que peine, douleur et chagrin. Et de même que le dit Jennifer Jason Leigh à la fin : « je ne sais pas quoi penser de ce que tu as fait, mais je sais que tu l’as fait pour moi », ce qui, loin d’être une ode à l’auto-justice, est avant tout une réflexion sur la nature humaine : nous n’agissons pas toujours « bien », et certains de nos actes – uniquement dictés par une « nécessité urgente » - restent ambiguë et moralement condamnable.

    Bref, sous ses faux airs de drame des familles, Dolores Claiborne est une œuvre puissante et maîtrisée, au scénario impeccable et à la mise en scène sobre mais poussée, porté par un casting au diapason et soutenu par une musique démente (Danny Elfman tout de même), le tout avec une réflexion intelligente et totalement non-moralisatrice sur la nature humaine. Et au final, Dolores Claiborne n’est rien de moins qu’une adaptation de Stephen King du même niveau que Les évadés !

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Paranoid Park : l'antithèse de ce que ce blog défend.  (Critiques) posté le dimanche 28 octobre 2007 15:22

    J’ai un problème avec le cinéma de Gus Van Sant. J’ai une certaine conception du cinéma. Cette conception du cinéma passe par un art populaire qui prend en compte son spectateur. Une prise en compte du spectateur qui consiste à privilégier l’intensité dramatique (l’émotion) plutôt que la méthode pour y arriver. C’est-à-dire que l’important n’est pas l’élément de mise en scène en lui-même (découpage, travelling, composition du cadre, lumière, son, musique, etc.) mais son effet sur le spectateur.

    Avec Gus Van Sant, j’ai l’impression de voir une suite d’ « éléments de mise en scène », mais choisis non pas en fonction de leur effet mais de leur nature, c’est-à-dire que leur signification propre ne viendra pas d’un tout (c’est-à-dire un plan intégré à d’autres plans) mais de l’élément en lui-même. Ainsi pour comprendre pourquoi telle personne est filmée au ralenti, il ne faut pas essayer de voir les effets du ralenti (amplification des mouvements, déformation de la réalité, etc.) mais le fait même que ce soit un ralenti.

    Un autre des éléments de la mise en scène de Paranoid Park vient du fait qu’en voulant être subjective (vouloir représenter l’état d’esprit du personnage principal), cette mise en scène n’est en fait qu’objective, car elle se contente de nous dire « voilà ce qu’il voit ». Ainsi plutôt que de nous faire comprendre ou ressentir ce qu’il perçoit, elle se contente de nous le faire voir. Dès lors on s’éloigne d’un cinéma « noble », c’est-à-dire un cinéma d’émotion, pour se contenter d’un cinéma de l’intellect flattant les bas-instincts de supériorité de ses (quelques) spectateurs.

    Ce refus de l’émotion trouve peut-être l’une de ses raisons dans le refus des principes du cinéma. Il n’est sans doute pas agréable de se dire qu’un art peut être régit par des principes, qu’il y a des choses qui marchent et d’autres qui ne marchent pas, et dès lors il est logique que certains réalisateurs s’efforcent de transgresser ces principes pour le simple fait de les transgresser. Mais le problème avec la transgression de ces principes, n'est pas la transgression en elle-même mais l'effet produit, effet que les grands réalisateurs (ce que n'est pas Van Sant) savent maîtriser.  Ainsi lorsque Hitchcock transgressait certaines règles de raccords regards dans une séquence de Frenzy, ça n’était pas pour le plaisir de transgresser mais pour créer une dissonance dans l’esprit du spectateur, pour lui faire ressentir un certain malaise, une certaine fausseté dans une relation entre deux personnages.

    Mais lorsque Gus Van Sant oublie en chemin quelques arcs narratifs, on a presque le sentiment de l’entendre dire « c’est parce-que c’est pas le sujet du film », se fichant d’un certain sentiment de vide et de manque qui en ressort, à l’opposé de son héros qui finit par trouver un apaisement.

    Peut-être que c’est moi qui ne suis pas suffisamment sensible pour ce cinéma, peut-être que je suis trop enfoncé dans mes « croyances cinématographiques », mais pour moi ce que fait Gus Van Sant n’est pas du cinéma. Je suis ressortie de la séance de Parnoid Park en acceptant cette différence. Gus Van Sant veut continuer à épater la galerie de cette manière ? Très bien, qu’il fasse ce qu’il veut, qu’il continue à expérimenter n’importe comment, qu’il continue à dénigrer tout un pan du langage cinématographique. Qui sait, il finira peut-être par en sortir quelque chose de bien ?

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