Accueil Date de création : 28/10/07 Dernière mise à jour : 11/02/09 17:42 / 34 articles publiés

L'homme de la plaine - analyse séquence 1/3  (Analyse séquence) posté le vendredi 16 novembre 2007 17:42

Première analyse, première partie. Première partie sous-entend... plusieurs parties (bravo !), et pourquoi plusieurs parties ? Tout simplement parce-que je suis un gros flemmard, et qu'outre le fait de diviser mon travail, le fait de publier en plusieurs fois me pousse à chaque fois à publier la suivante, ce qui par un heureux hasard marche aussi pour le lecteur !

Je précise que L'homme de la plaine était à l'épreuve du bac de l'option cinéma obligatoire cette année (et pour encore 2008 si je ne m'abuse), mais que tout ce qui suit est entièrement de moi (la majorité du travail ayant été fait bien après l'épreuve du bac).

Pour mon analyse, j'ai choisi d'essayer de revenir au fondement même de la mise en scène du passage en question, c'est-à-dire comment Mann a pensé son enchaînement de plans pour faire sens en même temps que créer l'intensité dramatique si chère à Tarnowsky.  

Caractériser le personnage

    Cette séquence est d'abord importante sur le plan psychologique, car elle est vitale pour l'évolution du personnage de Lockhart (incarné par James Stewart). C'est ici que son personnage va véritablement devenir un héros de western, au sens où Anthony Mann l'entendait (« dans le western, le héros dit qu'il va faire quelque chose, et il le fait »). Ce « je vais faire quelque chose » passe ici entièrement par l'image, mais récapitulons d'abord la situation.

James Stewart est arrivé en ville pour livrer des marchandises, et alors qu'il rechargeait ses chariots avec du sel pour ne pas repartir « pour rien », il est attaqué par Dave (le fils du « propriétaire » de la ville) et ses cow-boy. Ses chariots sont brûlés, ses mules abattues, et comme si ça ne suffisait pas Stewart s'est fait traîné sur le sol (à même la terre) par un lasso tenu par un cavalier.

Jusque là, Stewart n'a que très peu agit et surtout à aucun moment il n'était maître de la situation. Autrement dit, à aucun moment il n'a été véritablement le « héros » du film. L'enjeu principal de la séquence qui nous intéresse, est de savoir si oui ou non Stewart va réussir à « agir », s'il va se rendre maître de la situation. L'une des possibilités pour représenter ça aurait été, pour commencer la séquence, de rendre Stewart directement actif, efficace, etc. Mais le problème est que le spectateur n'aurait pas accepté ce brusque changement car il ne l'aurait pas ressenti. La « bonne » méthode pour cela semble donc de montrer (faire ressentir serait plus juste) l'évolution du personnage de Stewart à l'intérieur de cette unique séquence, et ce quand bien même la séquence précédente commence déjà à le montrer comme un peu plus actif.

Étape 1 : établir la situation Une situation établie aussi claire et limpide que possible permet de renforcer la puissance du « noeud dramatique » qui suit (ou découle de) cette situation. Ici, cette situation est établie uniquement par la mise en scène, c'est-à-dire par un montage de plans. La première chose à établir est le fait que Stewart est exclu de la ville, les gens n'en veulent tout simplement pas, ils veulent qu'il parte (du moins les Waggoman, la « grosse et méchante » famille « propriétaire » de la ville, le veut).

Cette exclusion est donnée à ressentir par un ensemble de trois plans, les trois premiers de la séquence (P1, P2 et P3 donc).

Plan 1 (partie 1) Plan 1 (partie 1)

Plan 12 (partie 2)Plan 1 (partie 2)

Plan 2 (partie 1)Plan 2 (partie 1)  

Plan 2 (partie 2)Plan 2 (partie 2) 

Plan 2 (partie 3)Plan 2 (partie 3)

Plan 3 (partie 1)

Plan 3 (partie 2)Plan 3 (partie 2)

 

En apparence, rien que de bien normal donc pour une mise en place « géographique » et « situationelle » de la séquence, puisque son objectif apparent semble être de nous dire que les cow-boy installent leur bétail dans un endroit apparemment proche de l'endroit où se trouve James Stewart. Mais sous cette information « normale » (que le spectateur n'a aucun mal à accepter « telle quelle », c'est-à-dire sans se dire que ces plans ne vont prendre sens que par la suite) se « cache » le sentiment que Stewart est exclu de la communauté, et ce par le simple fait que le raccord entre les plans larges sur la place et le plan plus serré sur Stewart ne permet pas de comprendre précisément sa position géographique.

Mann aurait très bien pu connecter ces plans avec le bétail, par exemple en le faisant passer juste devant la porte dont sort Stewart, ça aurait tout aussi bien pu être un cavalier, ou bien Stewart aurait pu être montré de l'intérieur du bâtiment, alerté par le bruit du dehors. Mais non, Mann a choisit de ne pas lier ces plans. Ce qui pourrait théoriquement être prit comme un défaut (manque de fluidité) est en fait ici un pur parti-pris de mise en scène pour comprendre instinctivement la situation du personnage de Stewart. Mais cette « tricherie cinématographique » ne pourrait pas être possible si Mann n'avait pas établi d'une manière ou d'une autre le placement géographique des personnages, car sans cette précieuse information, le spectateur aurait très bien pu se dire tout simplement que Stewart est dans un autre lieu et que la séparation entre lui et la place avec l'enclos n'est que bien naturelle. C'est sans compter sur la (précieuse) utilité des directions qui permettent de s'y retrouver.

Ainsi, le fait que le bétail se dirige vers la gauche tandis que Stewart regarde vers la droite n'est pas gratuit, il permet de comprendre (ressentir) que Stewart est géographiquement proche du bétail. Mieux, qu'il regarde à ce moment même vers ce bétail (et ce sans avoir aucun plan du bétail où Stewart aurait été en amorce, ce qui l'aurait incluse dans l'espace de la ville et aurait diminué l'impact de ce qui va suivre). Mais cette utilisation de deux directions opposées ne sert pas qu'à situer l'action, elle sert aussi à donner une idée vitale pour la séquence, l'idée de confrontation. L'élément central de la séquence étant tout de même les deux bagarres (Stewart/Dave et Stewart/Vic).

Ainsi, sans jamais utiliser des acteurs au jeu « expressif » (comprendre excessif), sans jamais utiliser de dialogues trop évidents, Mann fait comprendre tout l'enjeu de cette séquence en se servant uniquement du visuel. Notons enfin que Mann utilise dans cette séquence le son (les bruits du bétail) pour donner un ensemble cohérent et fluide à sa séquence, permettant d'immerger son spectateur dans l'ambiance de la scène et de la ressentir complètement.

 

A suivre...

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Où est passé le cinéma français ?  (Divers) posté le dimanche 04 novembre 2007 05:00

"Il est indéniable que le cinéma français traverse aujourd'hui une crise du sujet, analogue en de nombreux points à celle qu'il connut en 1907-1908, et qu'il s'agit là d'un facteur qui joue un rôle non-négligeable dans le phénomène de désertion des salles. Cette crise se traduit, nous l'avons dit, par un rejet actif du cinéma d'auteur, qui prend depuis peu la forme d'un véritable boycottage, même lorsqu'il s'agit d'auteurs consacrés. D'un autre côté, la vulgarisation de plus en plus prononcée des films "grand public", qui "ciblent" un public dont l'âge et le niveau socio-culturel baissent incessamment, en détourne les spectateurs qui cherchent au cinéma une distraction de bon aloi. Enfin, les rares metteurs en scène et scénaristes, qui, sans soutien officiel, sans récompenses festivalières et souvent dans l'indifférence ou l'hostilité de la critique, ont repris la tradition de la qualité et assuré pendant vingt-cinq ans la pérennité du cinéma français, n'ont eu que de rares émules et ne sont pas près d'être remplacés."

Jean-Paul Torok, Le scénario, 1988

 Dans ce livre très lucide quant à la situation du cinéma français, et très détaillé quant aux différentes causes du problème, Jean-Paul Torok détaillait une situation de crise de toute évidence alarmiste.

19 ans plus tard, qu'en est-il de la situation ? La crise est-elle passée ? Il est vrai que nous pouvons être fier d'un certain nombre de réalisateurs ayant su faire du divertissement populaire et noble (Jeunet, Annaud, Besson), et aujourd'hui plus que jamais nous avons la sensation que la situation change. Maléfique, Nid de guêpes, OSS 117, Le convoyeur, Haute tension, Gangsters, 36 quai des orfèvres, La haine, assassin(s), Les rivières pourpres, Scorpion, ou même les tentatives moins glorieuses mais tout aussi noble telles que Le pacte des loups, Michel Vaillant, Renaissance ou Chrysalis, tous ces films nous portent à croire que la situation a changée, qu'elle s'est améliorée, que les fonds se débloquent pour permettre à des réalisateurs ambitieux de mener à bien des projets de films de genre (paradoxe des indépendants voulant faire du cinéma d'exploitation, merci la "politique des auteurs").

Pourtant, trois films récents montrent que le problème est toujours présent. D'abord Paranoid Park que l'élite boboiste acclame de toutes ses forces en mettant plus l'accent sur l'auteur que le film en lui-même, ensuite Le coeur des hommes 2, degrés zéros du cinéma que le public s'est pourtant empressé d'aller voir en masse, et enfin L'ennemi intime, vrai film de cinéma dans le sens le plus noble du terme, sorti dans une certaine indifférence critique et publique, et ce malgrés le militantisme de certains fans acharnés.

Ce problème, c'est une des conséquences de la "politique des auteurs" qui a scindé la production cinématographique française en deux parties distinctes. D'un côté les films "artistiques", d'auteurs qui à force d'intellectualisation à outrance en ont perdu de vue l'élément principal du cinéma : son public. L'adhésion totale et sans condition d'une presse avide de montrer sa supériorité intellectuelle sur la masse a ainsi provoquée une diminution profonde de la confiance du public pour la presse (qui n'a pas dit ou entendu dire "oh mais la presse vous savez..." ?). De fait, privé de toute attache un tant soit peu intègre quant à la nature du divertissement, le "grand public" s'est rapidement contenté de peu concernant les divertissements (du moins les divertissements français...), accentuant encore plus le fossé entre cinéma "d'auteur" (mais on sait très bien que cette appelation est une pure aberation, rendue incohérente dès sa création puisque faisant une exception pour les cinéastes américains qui n'écrivaient ou ne choisissaient pas tous leurs scénarios) et le cinéma "populaire".

Le pire, c'est que le grand public s'est fait à cette certaine médiocrité du cinéma français, et par conséquent ne peut pas accepter qu'un film français affiche ouvertement une certaine sophistication...sauf si le film est produit par des américains, comme l'a démontré le succés tant critique que public d'Un long dimanche de fiançaille, qui - comme l'ont d'ailleurs souligné les Cahiers du cinéma - renouait avec une certaine tradition d'un cinéma populaire "noble" (autrement dit du vrai cinéma qui prend en compte son spectateur sans pour autant le prendre pour un con). On regrette juste que le CNC, dans un élan de patriotisme a retiré sa subvention au film sous prétexte de financement américain, défendant ainsi avec courage l'exception culturelle française, permettant ainsi de subventionner des films tels que Alexandre ou La saveur de la pastèque. On ne sait pas s'il faut en rire ou en pleurer...

Mais tous les films de genre français ne peuvent pas être financés (ou même co-financés) par Hollywood, alors que faire ? Eh bien...des bons films.

Interviewé à propos de ses choix douteux de carrière, Jean-Claude Van Damme (oui encore lui, je sais je radote) disais que si un film est bon il finira toujours par trouver son public, ce qui est vrai pour lui (ses bons films ont toujours finit par bien marcher) l'est aussi pour le cinéma (français). Ainsi des films comme Le convoyeur ou Nid de guêpes, malgré un échec certain en salle, se sont plutôt bien vendu en DVD où, par la force des choses (et de la qualité !) ils ont finit par trouver leur public et à gagner un succès d'estime, permettant à leurs réalisateurs de gravir progressivement les échelons du cinéma.

Bien sûr l'échec en salle de L'ennemi intime enrage (je lui avais pourtant donné 7 entrées et encouragé mon entourage à le voir, c'est quasiment une affaire personnelle !), mais gageons qu'il finira par trouver son public, d'autant plus qu'il semble s'être financièrement rentabilisé avec les préventes (voir interview des producteurs).

Alors voilà, ce qu'il faut ce sont "simplement" des bons films, mais des bons films qui parviennent à attirer suffisament l'attention du public pour provoquer un changement durable. Les problèmes ne s'arrêteront pas là : les chaînes de télé qui conservent un pouvoir immense et qui ne veulent que des programmes de 20h50, les critiques qui resteront un problème tant qu'elles ne se seront pas réconciliées avec le grand public, le CNC qui continue désespérément la politique des auteurs, ou encore certaines grosses maisons de production qui font n'importe quoi (comme Pathé : un Astérix 3 au budget hallucinant, des Chevaliers du ciel complètement vain et un Contre-enquête d'une nullité téléfilmique abyssale).

Viennent aussi le problème des financements (voir cet article fort intéressant sur l'animation française dont le principal défaut n'est ni le talent ni la technologie, mais le financement) qui rendent certains projets difficilement montables (la grande question du moment : Siri va-t-il pouvoir faire son film sur la bande à Bonnot ?).

Enfin un grand nombre de producteurs n'ont semble-t-il pas compris l'importance d'une chose pourtant profondément essentielle à tout film populaire qui se respecte : un bon scénario. Non pas que les scénaristes fassent cruellement défaut en France, mais que les exigeances scénaristiques sont le plus souvent laissées à la bonne appréciation des réalisateurs, ou même des acteurs (quand ils lisent les scénarios), ce qui rejoint le problème du financement puisqu'il s'agit là d'un pur problème de producteur. 

En effet, la bonne logique des choses voudrait qu'un producteur cherche avant tout à faire un film efficace et pas trop cher que le public puisse apprécier sans problème. Toute l'astuce vient de l'équilibre entre d'un côté un producteur soucieux du budget, de l'efficacité narrative et de l'impact du public, confronté à un réalisateur et à un scénariste intéressés par des personnages et des évènements. Or, une fois que le réalisateur obtient une liberté artistique totale (ou presque) sur un film, il perd tout garde fou et risque fort de se dire à tout moment : "mon scénario n'est pas bien construit, il est ennuyeux par moments mais tant pis, le public jugera mon oeuvre et je les laisse penser ce qu'ils veulent". Bref, sans producteur, un réalisateur risque à tout moment de se couper du public, public qui comme nous l'avons vu, est pourtant l'élément central du cinéma.

On en vient donc à ce paradoxe (encore une fois merci la nouvelle vague !) où ce sont les réalisateurs qui doivent demander des réécritures.

Enfin pour tous ceux qui douteraient de l'importance des scénarios, un seul nom devrait suffir à les convaincre : Pixar. Eh oui, le numéro 1 des films en images de synthèse est avant tout un espace où les scénarios et les histoires sont véritablement protégés, où les idées sont constamment remises en question, et où la profondeur psychologique des personnages n'a d'égal que la perfection de la structure dramatique. Pour l'anecdote, un film comme Le monde de Nemo représente quelque 206 réécriture en partant de zéro à chaque fois, et tout ça pour un résultat absolument invisible à l'écran, car tout simplement...parfait.

 Voilà donc une chose qu'il faudrait en France : des producteurs qui n'hésitent pas à remettre en question les idées des réalisateurs, qui demandent des réécritures et qui forment des ateliers d'écriture de scénario.

En attendant, il n'y a plus qu'à espérer que la bonne direction prise par des gens comme Siri, Seri, Marchal ou Boukhrief (et Gens ?) ne s'arrête pas là, et peut-être que d'ici 20 ans on parlera de cette époque où le cinéma français s'est prit en main et s'est mis à faire de vrais bon films. Bien sûr, j'en doute "un peu", mais bordel qu'est-ce que ça me ferait plaisir que ces gars me prouvent que j'ai tort !

En attendant il n'y a qu'une chose à faire : aller au cinéma (et dire du mal de télérama). 

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Sa majesté Minor, un film qu'il est bien sympa  (Critiques) posté le samedi 03 novembre 2007 18:52

Si le battage médiatique abattu par la presse autour du film mettait en avant un pétage de plomb de la part de son réalisateur, il en a omis de parler de l'essentiel, à savoir le film, et il était bien bon.

N'éxagérons rien, Sa majesté Minor n'est ni la comédie du siècle ou même le film de l'année, mais un film honnête et sincère, ne prenant pas le spectateur pour un con et allant à fond dans son délire, et ce avec un enthousiasme largement communicatif.

Ce qui étonne, c'est que la plupart des gens ne semblent avoir vu que la sodomie de José Garcia par Vincent Cassel alors que 1) elle est courte et vite expédiée et 2) elle est mise en scène avec forte pudeur et ne met aucunement mal à l'aise à l'inverse d'autres moments dans la troisième partie.

Cette manie des journaleux de ne voir que ce qui les intéresse et donc (encore une fois...) de ne s'intéresser qu'à une image grossière du film sans jamais approfondir un tant soit peu est clairement des plus agaçantes, surtout quand le film en question n'en méritait pas tant.

Bien sûr le film n'est pas parfait, à commencer par ses personnages qui, s'ils sont habilement et rapidement caractérisés sans pour autant passer trois plombes à nous raconter leur passé, n'ont pas des réactions les plus logiques du monde et dont le comportement semble plus dirigé par des impératifs d'intrigue que de vrais études de caractère. Si ce défaut est parfois gênant durant le récit, il n'en reste pas moins que cet impératif de l'intrigue permet au film de n'être que très rarement ennuyeux, puisque possédant une réelle dynamique narrative, atténuée cependant par une relative prévisibilité de l'histoire (en caricaturant un peu on peut dire que c'est du rise and fall de base).

Néanmoins quand l'ennuie pointe le bout de son nez, on ne peut s'empêcher de rager contre le film puisque cet ennuie aurait pu facilement être évité. Prenant toujours place dans d'interminables séquences de discussions et de marchandages (la falaise, la réunion, la partie de disque), il semble bien qu'un montage plus serré et plus rigoureux aurait permis de conserver une certaine tension, là où on n'attend finalement qu'une chose : que ça passe.

Mais ces quelques défauts de fabrication se font finalement rapidement oublier, aidés pour cela par une mise en scène discrète mais efficace, et surtout par un fond finalement diablement intéressant.

Je n'ai pas grand chose à dire sur les acteurs pour la simple raison qu'ils sont tous profondément crédibles et attachants, même dans les moments les plus  

 Car finalement Minor est loin de n'être qu'une simple farce, une simple comédie purement rigolote "d'un  gamin tout fier de dire des gros mots" (dixit Première), puisque plutôt que de se vautrer complètement dans un humour gras (et plus facile à défendre car partant du principe "on va à fond dans notre univers, si vous aimez pas c'est que vous accrochez pas"), le film sait parfaitement nuancer son propos, procurant au film un équilibre appréciable. J'en veux pour preuve une séquence qui m'a mis particulièrement mal à l'aise SPOILER lorsque Minor veut sodomiser la jolie Clytia SPOILER. Commençant comme un jeu que l'on s'aprète à déguster comme le reste du film, elle devient franchement troublante lorsque les cris arrivent. Le jeu est terminé, on retombe sur terre et on se rend compte que Garcia est décidément allé trop loin.

De même le film parle de manière assez étonnante de notre belle société moderne. Ainsi, en nous montrant une société antique bien moins prude que la nôtre, Annaud créé un conte à l'insouciance et au bon temps. Si l'on rajoute à ça l'effet pervers du pouvoir sur les rapports humains et sur la personnalité même du possesseur du pouvoir, ne prenant plus que des décisions crétines uniquement destinés à maintenir son pouvoir sans se soucier une seule seconde du bien être des gens qu'il a en charge, on se rend compte que c'est directement notre société hiérarchisée de partout qui est visée, et en particulier l'élite intellectuelle qui décide de manière stupide et arbitraire ce qui est bien de ce qui ne l'est pas.

Un tel propos ne pouvait que se faire allumer par notre belle presse boboïste et incroyablement cynique, qui, s'ils prétendent pour se défendre n'avoir vu qu'une vulgaire farce de mauvais goût, n'en ont pas moins été visiblement bien dérangé à lire leurs critiques remplies d'une haine puérile.

Bref, Sa Majesté Minor est loin d'être le mauvais caprice de riche tant décrié, mais plutôt un vrai bon film, plaisant, drôle et même parfois hilarant, honnête et profondément intègre dans sa facture et qui ose finalement beaucoup. Et ça, c'est vraiment pas rien. 

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"Il faut écouter le silence de l'âme..."  (Divers) posté le samedi 03 novembre 2007 14:51

"il ne faut pas écouter les bruits du monde, mais écouter le silence de l'âme..."

 Voici une des (nombreuses) citations apparamment farfelue du belge le plus moqué du monde : Jean-Claude Van Damme.  De telles citations pulullent sur le net dans un nombre incroyable de site (ou de blog...) qui se contentent de relayer l'image terriblement négative que donnent les médias français de celui qui fut tout de même le premier à appeller aux Etats-Unis des réalisateurs de renoms tels que John Woo, Tsui Hark et Ringo Lam.

"il ne faut pas écouter les bruits du monde"

Les "bruits du monde", c'est la société, ou plutôt la pression de la société, le pouvoir qu'elle exerce sur nous à travers des situations, et ce sont ces situations qui nous amènent à faire certaine chose que théoriquement nous aurions refusé de faire.

Prenons un exemple simple et extrêmement connu : l'expérience de Milgram. Je ne vais pas la détailler ici (si ça vous intéresse), mais l'idée générale est que des gens qui théoriquement refusent catégoriquement de faire du mal à des gens, se transforment lors d'une expérience en bourreaux allant jusqu'à continuer de donner des décharges électriques à des gens qu'ils croient pourtant en danger de mort sinon en état de souffrance intense.

Bref, une situation peut nous amener à prendre de mauvais choix, sans pour autant que nous nous disions "bon sang, tu es en train de faire n'importe quoi, reprend-toi !", et cela en raison du simple fait que nous attribuons généralement notre comportement à la situation ("je suis stressé parce-que j'ai un examen", "je suis de mauvaise humeur parce-que j'ai mal au ventre", "j'ai eu une journée affreuse alors m'emmerde pas", etc.), là où nous attribuons le comportement des autres à leur personnalité ("il est ronchon", "il est tout le temps stressé", etc.).

Bref, les "bruits du monde" peuvent nous entraîner à dériver sévèrement de notre objectif originel. 

"il faut écouter le silence de l'âme..."

 Pour se rendre compte de cette dérivation, il faut prendre du recul, et pour cela il faut "écouter le silence de l'âme", c'est-à-dire se recentrer, se regarder dans un miroir et se demander "est-ce que c'est ça que je veux ?" (se regarder dans un miroir aidant à prendre conscience de soi-même, et donc à se rendre compte de ce que l'on est et de ce que l'on veut réellement).

Bref, "écouter le silence de l'âme" c'est plonger au fond de soi pour en ressortir nos réels buts dans la vie.

Bien évidemment cela peut paraître un brin naïf. Mais d'une part, c'est la politique qu'a suivi Van Damme (on parle tout de même d'un petit belge gringalet qui par la seule force de sa motivation a réussie à s'imposer comme une star du film d'action à Hollywood...), et d'autre part cette sincérité fait plus que plaisir à voir dans notre société moderne gangrénée par un cynisme effroyable.

Et c'est d'ailleurs à cause de ce cynisme que la seule réaction "normale" à la télévision est la moquerie : l'homme est tellement sincère et tellement touchant dans sa démarche, que l'approuver ou penser qu'au fond il n'a peut-être pas tort, revient à montrer une certaine faiblesse... Bien sûr il faut mettre au "crédit" des moqueurs que Van Damme n'est pas le plus doué du monde pour la communication et qu'une certaine confusion dans l'exposition de son système de pensée amène pas mal de gens à le voir comme un idiot fini, ce qu'il n'est pas de toute évidence.  Sa maladresse à gérer sa carrière de façon correcte ne fait qu'étayer la thèse de l'idiot du village, mais lorsqu'il dit que son véritable but dans le cinéma c'est créer une oeuvre qui serait plus grande que son nom (alors que jusqu'à présent, on est bien d'accord, son nom est plus grand que son oeuvre), on se rend compte qu'il est finalement profondément intègre, à des milliers de lieue de son faux frère de cinéma, le réellement cynique Steven Seagal (et Van Damme il garde la forme là où Seagal commence sérieusement à s'empâter).

Pour finir, je ne peux que vous conseiller d'aller faire un tour sur un site de ses fan, un vrai site à l'image de l'acteur, honnête et sincère. Dans la section vidéo => reportages, vous pourrez trouver un petit reportage en deux parties intitulé "Dans la peau de Jean-Claude Van Damme", où l'acteur se révèle touchant, honnête, sincère et par dessus tout intègre, ce qui est quand même extrêmement rare de nos jours.

Alors toi aussi, documente-toi un peu, écoute le silence de ton âme, et demande-toi si Van Damme est réellement l'idiot que les médias dépeignent.

 

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Chrysalis - bordel mais arrêtez de penser à votre image !  (Critiques) posté le mercredi 31 octobre 2007 17:59

Lorsqu'un réalisateur français ambitieux a pour ligne directrice de sa note d'intention de faire un film "à l'américaine", on peut légitimement se demander si le système dans lequel le film est produit n'a pas un sérieux problème d'image.

Problème d'image de la "vision d'auteur" qui produit les vagues de films refusant absolument toute efficacité sous prétexte que la réalité est moche et chiante ("eh mais ça on n'a pas le droit de le rendre intéressant ! moi je m'emmerde quand je prend mon café le matin alors je veux que le public aussi !"), et maintenant problème d'image de cinéma sophistiqué, dont les exemples récents (Silent Hill, A l'intérieur) montrent toute l'étendue du problème.

 Et ce problème, Chrysalis l'incarne à merveille tant on a l'impression que chaque plan, chaque personnage, chaque évènement vient d'une volonté de "faire bien", de "mettre quelque chose de nouveau dans le cinéma français", de proposer quelque chose "d'étonnant", et qui n'ont pour seuls conséquences de rappeler le caractère fictionnesque du film, alors que tout bon divertissement qui se respecte se doit justement de le faire oublier.

En adoptant une mise en scène poseuse et ouvertement travaillée, Julien Leclercq perd toute l'efficacité potentielle de séquences au demeurant pas inintéressantes. Ainsi il soigne ses cadres, mais d'une manière artifficielle : en mettant toujours ses personnages au centre, ce qui a pour conséquences 1) de perdre l'aspect panoramique du cinémascope (qui ne sert à rien si ce n'est à faire bien) et 2) de les rendre visuellement ennuyeuses. Cet ennuie aurait pu être intéressant s'il était au coeur du film (une société plate et froide au sein de laquelle vont finalement émerger des personnes littéralement "bord cadres"), sauf que Leclerq ne se sert de ce type de cadrage par pur souci esthétique, ce qui est franchement dommage étant donné que les personnages pouvaient facilement donner matière à ce genre de thématique, et que le film aurait ainsi gagné une profondeur salvatrice. On sauvera toutefois le dernier plan du film, plus "organique", plus naturel et dont une (légère) émotion se dégage enfin.  Un petit mot sur les séquences d'action (un gunfight et quelques bastonnades à main nue et à l'arme blanche), que le réalisateur a désespérément filmé en mode vitesse d'obturateur élevée + caméra à l'épaule qui bouge dans tous les sens, et qui ne rend absolument pas justice au boulot visiblement imposant fourni par Dupontel et Figlarz.

L'autre gros problème du film vient de son scénario qui, au delà de références évidentes et mal digérées (Les yeux sans visages, Blade Runner) n'arrive jamais à réellement captiver l'attention du public, et utilise à la place de bonnes grosses ficelles de derrière les fagots dans le but de l'assomer sous une montagne d'information et de personnages (j'exagère mais à peine), en suivant en parallèle deux intrigues "que rien ne semble relier" (excusez-moi mais LOL quoi) et dont on ne comprend jamais grand chose (des meurtres de jeunes filles ? ah bon où ça ?). Si l'on ajoute à cela que l'essentiel de l'intrigue passe par des explications orales récitées par des acteurs qui en font des caisses, on comprend qu'il est bien difficile d'être prit ne serait-ce qu'un tout petit peu dans l'histoire.

Bien sûr on sent derrière tout ça une réelle énergie et une volonté plus qu'évidente de faire plaisir à son public. Mais c'est justement à trop se soucier du spectateur que Julien Leclerq a perdu de vue que ce qui faisait un bon film n'était pas forcément l'esbrouffe et la complication inutile, mais une réelle intégrité pour faire ce qui est bien pour le film (et non pas par le film, c'est-à-dire pour se mettre en avant ou satisfaire les désirs de bourrinage sec de son public). En résulte un énorme déséquilibre, dont le travelling mémorable en est la plus parfaite illustration (un énorme plan très compliqué où la machinerie se fait étonemment oublier grâce à la perfection technique). Ainsi ce travelling marche en lui-même mais pas dans le film, puisqu'il ne semble pas résulter d'un vrai choix de mise en scène pour le film mais d'une esbrouffe du moment, comme si Julien Leclerq voulait expérimenter ce type de plan depuis longtemps et qu'il s'est dit qu'il suffirait à rendre sa poursuite intéressante, se fichant complètement de la crédiblité de l'endroit (un grand hangar en travaux qui ne sert à rien), l'annonce de cette poursuite (Dupontel s'avançant tranquillement vers Figlarz qui ne pense même pas à partir en moto) et sa conclusion (une chute dans une benne à ordure d'un ridicule inouiïe où Dupontel ne lâche même pas son arme et où le réalisateur essaye de nous transmettre l'envie de Dupontel de flinguer le méchant).

Ce genre de maladresse n'est malheureusement pas orpheline puisqu'à de nombreuses reprises Leclerq nous ressort des plans inutilement compliqués qui ressemblent plus à des fantasmes de réalisateurs qu'à de réelles intentions de mises en scènes.

On rage également devant quelques tentatives avortées de faire réellement exister les personnages, comme lors d'une discussion entre Albert Dupontel et Marie Guillard (les deux seuls acteurs crédibles du film par ailleurs) où l'émotion aurait pu réellement arriver si un véritable travail avait été fait derrière. A la place, on doit se consoler avec la judicieuse position de la caméra (sur la banquette arrière pour mieux représenter le personnage froid, dur et distant de Dupontel) qui ne change jamais, comme si une fois qu'il avait une idée de mise en scène, le réalisateur se reposait uniquement sur ses acteurs et son monteur pour faire naître l'émotion.

On regrette également le parti-pris de la première (et unique) fusillade du film, puisque montée en parallèle avec le générique, lui conférant ainsi des allures de souvenirs éparses sans aucun jeu sur l'espace, en lieu et place d'un gunfight réellement prenant, d'autant plus que le personnage pour lequel on est censé ressentir de l'empathie nous est totalement inconnue, créant ainsi une séquence qui se contente de montrer la douleur du personnage principal sans jamais nous la faire ressentir. 

Mais tout n'est pas tout noir dans ce film ambitieux, puisque outre ses deux acteurs principaux qui parviennent à rendre crédible des personnages pourtant caricaturaux, c'est dans le travail sur le son que se situe le véritable point fort du film, puisque parvenant à un certain nombre de reprises de maintenir une certaine tension, et notamment dans les combats qui peuvent sincèrement le remercier. Mais il ne faut pas s'y tromper, il fait plus office de cache-misère qu'autre chose.

Bref, si Julien Leclerq est parvenu à convaincre ses producteurs avec son court-métrage (à l'image du film : joli mais vide), ça n'est pas le cas du spectateur (1)  qui ne trouvera pas ici le blockbuster-d'action-mais-intelligent promis par les quelques bande-annonces, mais une tentative tout bonnement ratée de SF française qui décidément a bien du mal à s'installer dans ce genre (voir pour cela Renaissance et Immortel, étonnemment assez proche de Chrysalis).

Reste à savoir si Leclercq va s'améliorer pour son prochain GIGN de film qu'il annonce d'ores et déjà comme un "soldat ryan dans un cockpit", mais en l'état ça laisse plutôt froid.

 (1)  par spectateur je parle évidemment de moi, mais les résultats tant dans la presse que dans le public ne sont pas positifs non plus

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