Et c'est reparti ! Désolé pour ce retard, non pas que j'ai eu un calendrier chargé (l'inverse en fait) mais dès que le mot “vacance” s'active dans mon cerveau, je me transforme en une sorte de grosse larve visqueuse qui rampe pathétiquement sur le sol en direction du frigo.
Aujourd'hui, Flik est directement confronté aux gérants de la colonie, l'occasion de voir sa place un peu plus en détail.
En utilisant son invention pour faire la cueillette plus rapidement, Flik a accidentellement assommé la princesse...
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L'organisation spatiale ne change pas avec avant : la colonie est à l'extrême droite tandis que « le reste » se trouve à gauche (ce qui inclut ici les herbes dans lesquelles Flik fait la cueillette).
Se rendant compte de sa boulette, Flik se précipite pour aller sur les lieux de son « crime », se déplaçant logiquement vers la droite du cadre...
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...et raccorde avec un plan sur quelques gérants de la colonie qui regardent Flik arriver.
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On passe ainsi d'un plan large avec Flik seul courant vers la droite à un plan plus rapproché avec trois gérants dans le cadre regardant vers la gauche. Cette différence « évidente » créé un choc qui nous informe intuitivement de l'opposition Flik/pouvoir de la colonie, opposition qui est appuyé par les têtes des gérants (pas très content) et de l'exclamation de l'un d'eux : « Oh...it's Flik. » (« Oh...c'est Flik. »).
Notons enfin que pour bien marquer le passage d'une zone périphérique – zone de la cueillette - à la zone de la colonie – zone des gérants -, les réalisateurs ont pris bien soin de ne rien cadrer de la colonie dans le plan sur Flik (on voit des brins d'herbes que nous avons assimilé à la périphérie de la colonie), et de bien mettre les ouvriers en ligne derrière les gérants (que nous avons précédemment assimilés au lieu de vie de la colonie).
On revient rapidement sur Flik qui arrive.
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Ce plan sert à bien faire sentir l'arrivée de Flik dans la zone de la colonie : on retrouve ainsi les herbes de la périphérie au fond à gauche du cadre, tandis que les ouvriers en ligne et même l'entrée de la colonie se situent milieu et droite cadre, rajouté au « lieu du crime » que l'on distingue à l'avant-plan à droite (cette jointure est beaucoup plus parlante en mouvement puisque l'arrivée de Flik est marquée d'un panoramique d'accompagnement).
Une autre idée venant de ce plan est que Flik « descend de sa colline ». Comme nous l'avons vu dans l'analyse précédente, Flik est quelqu'un d'un peu étranger à la colonie, de différent. Ici, sa descente peut très bien se lire comme le passage entre son état joyeux d'inventeur (sa présentation en action est accompagnée d'une musique jazzy assez cool) et son état de fourmi « normale » qui doit faire face à ses responsabilités.
Flik continue de descendre...
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...en arrivant en bas, il se tourne sur sa gauche ce qui fait que la machine qu'il porte sur son dos fait un mouvement rotatif vers la droite du cadre, utilisé comme raccord mouvement pour changer de plan.
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Ce raccord mouvement n'a pas pour unique but de nous rapprocher des personnages en vue d'une séquence de dialogues, car si vous regardez bien, que fait Flik ?
Il balaie les autres gérants de la colonie, il les sort du cadre ! (son cadre, ce sur quoi il est concentré).
Autrement dit, ce que les réalisateurs viennent de nous dire, c'est que Flik se fiche complètement de l'autorité, il n'a aucune considération pour les gérants de la colonie, la seule personne qui l'intéresse ici, c'est la personne qu'il a accidentellement blessé (parce qu'au fond, c'est un type bien).
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Le raccord entre les plans 51 et 52 s'effectue sur le cri de surprise que pousse Flik lorsqu'il réalise que la personne qu'il a accidentellement blessé n'est autre que la princesse Atta, c'est-à-dire l'une des plus éminentes représentante de l'autorité qu'il vient pourtant de balayer !
Et que voit-on en arrière-plan ?
Le tas d'offrande de nourriture, c'est-à-dire ce à quoi chaque ouvrier de la colonie doit contribuer (ce qui nous a été exposé dans l'introduction du film). Autrement dit, Flik redevient pendant un court moment un simple ouvrier soumis à l'autorité des gérants de la colonie.
Une autre lecture du plan (et de la grimace de Flik) est que Flik éprouve déjà de l'affection pour la princesse Atta, et que le fait de l'avoir blessé, elle, revient à s'être blessé lui-même.
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Le plan qui suit se fait sans réel raccord mouvement (ou en tout cas pas au même niveau que les précédents), et c'est cette diminution de l'importance du raccord qui nous intéresse ici : Flik ne contrôle plus son environnement, il ne maîtrise donc plus l'enchaînement des plans, et en étant remis à sa place de simple ouvrier, il dépend totalement des décisions des gérants (donc de la princesse Atta), d'où la (relative) imprévisibilité de la coupe qui dépend de la décision d'Atta d'agir ou non.
Mais au lieu de ramener Flik à l'ordre, de le sermonner ou le blâmer, que fait la princesse Atta ?
« What are you doing ?! » (« qu'est-ce que tu fabriques ?! »)
Et que fait Flik ?
Il reprend confiance en lui parce qu'il sait au plus profond de lui-même qu'il est « bon » à ce qu'il fait (c'est-à-dire les inventions), ce qui se traduit par une reprise de contrôle des raccords.
Le premier raccord qui suit se situe au niveau sonore, puisque Flik répète deux fois « Oh ! », une fois juste avant la coupe, et une fois juste après, assurant ainsi le « joint » entre les deux plans.
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A partir du raccord entre les plans 53 et 54, une nouvelle logique vient se mettre à l'oeuvre quand Flik présente ses inventions.
C'est très simple :
raccord mouvement = Flik contrôle / pas de raccord mouvement = pression sociale des gérants
[Remarquons que le plan 54 est un plan large, montrant en quelque sorte le Flik « libéré » qui contrôle son environnement.]
Pour montrer à la princesse son invention, Flik se tourne, raccord mouvement ?
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Non, et pourtant c'eût été « évident », mais les réalisateurs ont prit bien soin d'attendre que le mouvement se soit arrêté pour changer de plan.
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Princesse Atta : « Flik, we don't have time for this ! » (« Flik, on n'a pas le temps pour ça ! »)
La princesse le rappelle à l'ordre (ce qui était induit par l'absence de raccord mouvement), mais Flik s'en formalise-t-il ?
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Non ! Ravi de pouvoir répondre aux objections de la princesse, Flik est plus grisé que jamais, la coupe vers le plan 56 se fait donc dans un mouvement (quand il se retourne).
Il parle, parle, parle (et donne mine de rien un grand nombre d'informations importantes concernant l'offrande), et pendant ce temps-là, d'autres gérants ne le voient pas d'un bon oeil...
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Inutile de préciser que la coupe se fait sans raccord mouvement...néanmoins cette coupe pose un léger problème de mise en scène : nous avons quitté un Flik positif en contrôle sans raccord mouvement, il nous est donc impossible de revenir directement le voir comme il était avant (en train de discuter avec Atta). La solution est aussi « simple » et « évidente » qu'ingénieuse : remettre Flik sous une pression sociale directe, c'est-à-dire Atta.
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Et comme nous l'avons vu jusque là, lorsque la pression sociale s'abat sur Flik, le plan est serré.
Mais une fois Encore, Flik ne perds pas sa motivation, et dans un raccord presque identique à celui entre les plans 55 et 56, il se « libère » de la pression sociale pour arriver au plan 59.
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Au passage, arrêtons-nous pour « contempler » une brillante astuce scénaristique pour présenter le côté inventeur du personnage de Flik. Jusqu'ici, nous l'avons vu avec une invention, ce qui paraît bien mince pour un personnage dont la principale caractéristique est l'inventivité. Au plan 58, la princesse Atta s'exclame « An other invention ? » (« une autre invention ? ») avec un ton tellement désespéré que l'on comprends qu'il y en a eu un certain nombre derrière. Mais cette information n'est passé que par un dialogue, ce qui est très (trop !) faible pour LE point-clé du personnage.
Alors qu'on fait les scénaristes ? C'est très simple, ils ont juste fait suivre la réplique d'Atta sur ses inventions, par la construction d'une nouvelle invention (le télescope).
A partir de là, nous n'avons aucun problème à sentir le personnage comme profondément inventif, quand bien même nous ne l'avons vu qu'avec deux inventions...
Mais revenons à nos moutons (oui je sais, c'est des fourmis, oh oh oh, on peut continuer ? merci).
Flik entre dans sa phase de contrôle la plus élevée lorsqu'il construit son télescope, puisqu'il va cette fois-ci changer de zone.
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Il commence par sortir de champ à droite du cadre du plan 59 pour entrer immédiatement par gauche cadre dans le plan 60, puis ressort à gauche du cadre du plan 60, rentrant immédiatement dans cadre du plan 61 par la droite.
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Mais attention ! Le plan 61 n'est pas au même endroit que le plan 59, puisqu'il se situe avec les deux gérants grincheux qui avaient déjà jeté un regard désapprobateur plus tôt dans la scène.
Autrement dit, il s'agit d'une réapparition de la pression sociale, Flik ne contrôle donc plus le cadre. Il sort par la gauche du cadre, mais le plan de change pas immédiatement.
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Il faut donc attendre quelques micro-secondes avant de voir le changement de plan, mais quand changement de plan il y a, nous avons tout de même droit à une demie entrée de champ (il est déjà présent dans le cadre, mais avance quand même au début du plan). Autrement dit, ce que les réalisateurs nous ont fait sentir, c'est que Flik passe « au dessus » de la pression sociale tellement il est pris par sa passion.
Mais ça n'est pas finit ! Car dès lors, deux « infractions » vont se produire.
D'abord, une fois que Flik montre son oeuvre finie, nous avons un plan d'autres gérants en train de regarder.
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Ainsi, nous voyons le regard d'autres gérants sans raccord mouvement, en plan large (jusqu'ici c'était des plans serrés), et...positifs. Ce plan sur la reine âgée (qui avec l'âge a dépassé le concept d' « ennemi ») et la petite Dot (trop jeune pour être corrompue par la pression sociale) nous montre que certaines personnes sages (à leur manière) peuvent voir le bien chez d'autres personnes, indépendamment des considérations de correct/pas correct ou même d'utilité.
La deuxième infraction, c'est lorsque Flik lui-même « provoque » un plan beaucoup plus serré (jusqu'ici associé au désaccord et à la pression sociale), ici la vue subjective de lui en train de regarder Atta à travers le télescope.
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Ce que ces deux infractions veulent dire, c'est que Flik a progressivement réussi à « contrôler » son environnement de façon tellement profonde qu'il peut transformer ce qui était alors négatif (absence de raccord mouvement, plan serré, regard des gérants) en quelque chose de positif.
Cet aspect de concilier les extrêmes se retrouve dans un autre point que j'ai volontairement passé sous silence jusqu'ici, et que vous avez peut-être deviné.
Depuis le début de la présentation des inventions de Flik, le dialogue entre Atta et Flik se faisait très simplement :
Flik : plan large
Atta : plan serré
Flik : plan large
Atta : plan serré
etc.
Et pendant que nous pensions en terme d'opposition pure et simple, de légères modifications de cadre ont été faites. Jugez plutôt :
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Et de l'autre côté :
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Vous ne remarquez rien ? Les plans conduits par Atta, à l'origine rapprochés, s'élargissent progressivement, tandis que les plans conduits par Flik, à l'origine larges, se rapprochent, tout ça pour arriver à ce plan :
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Ce plan donc, qui est le parfait juste milieu entre les plans rapprochés d'Atta et les plans larges de Flik, nous faisant sentir la réussite de Flik pour concilier les extrêmes (ici : faire des choses mal vues par la colonie pour au final lui être utile), ce qui est l'un des buts des héros.
Mais seulement voilà, Flik a beau être doué, il a beau réussi à montrer que son télescope marche et la reine et la petite princesse ont beau avoir souri, la pression sociale est tellement forte, l'aveuglement tellement immense, qu'il n'aboutit à rien d'autre que le rejet total de Flik.
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Ainsi les deux gérants grincheux viennent se mettre entre Flik et Atta, soit l'enjeu majeur de la séquence (Flik venant se faire pardonné de l'accident).
Il est important de noter que l'arrivée des deux gérants coïncide avec une flatterie de Flik : « Hello princess ! My...! Ain't you looking lovely this morning ! Not of course you would need a telescope to see that... » (« Bonjour princesse, vous êtes vraiment belle ce matin ! Même si évidemment on n'a pas besoin de télescope pour voir ça... »).
La flatterie de Flik peut se voir (et être perçue par les autres gérants) comme une tentative de sa part pour sortir de sa condition d'ouvrier (il flatte la deuxième personne la plus importante de la colonie), et l'intervention des gérants peut très bien être le rappel à l'ordre d'une société dictée par des règles qui dépassent les individus eux-mêmes (les gérants ne font que respecter le code social, ni la princesse, ni la reine n'ont exprimé de vive désapprobation envers Flik).
Toute la scène a été construit selon un prince d'alternance positif/négatif allant en grandissant, Flik allant toujours plus loin dans la démonstration de son invention, tandis que la pression sociale (c'est-à-dire son ennemie jurée) augmente encore et encore jusqu'à atteindre les cimes de la mauvaise foi (les gérants grincheux refusent d'écouter Flik, ils ne se basent que sur des principes peu adaptés à la situation).
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Flik a tout donné mais est malgré tout sommé de partir, il n'a plus d'autre solution que d'obéir...
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...et il repart dans les herbes d'où il venait. Retour à la case départ, Flik est rejeté...par tout le monde ? Non, mais ça, c'est pour la prochaine fois...
A suivre...
Jean-Thomas Miquelot