Wall.E est sans doute le
meilleur blockbuster de cet été pourtant
chargé. Depuis 1995 et la sortie de Toy Story, Pixar a
constamment su se réinventer et évoluer en
évitant tous les pièges que tout le monde leur
prédestinait ; en restant fidèles à
eux-mêmes, à leurs idéaux, leurs rêves et
leur passion, ils ont su créer des films parmi les plus
marquantes de ces 13 dernières années, et ils ont
appliqués cette philosophie à l'intérieur
même de leurs films. Depuis, ils semblent avoir
été traversé par une crise de conscience : la
civilisation moderne court à la catastrophe, et il faut le
faire savoir.
Un tel sujet n'est pas sans risques. D'abord
parce qu'il risque de tomber dans le didactisme le plus crasseux,
ensuite parce qu'à la fois tellement proche et tellement
loin de nous, une quelconque réflexion dessus risquerait de
faire sortir le spectateur du film pour ne plus l'impliquer
qu'à un niveau intellectuel. La solution : proposer un
entertainment de qualité, laisser le discours politique en
arrière-plan ou en sous-texte, et multiplier les niveaux de
lecture. C'est maintenant qu'entre en scène Wall.E.
Wall.E est un robot qui ne fait
qu'exécuter une action vide de sens et d'efficacité
(premier niveau, apparence sociale), en réalité il
est un être mélancolique qui passe ses soirées
à rêver tout seul (deuxième niveau, état
réel des choses). Il est un robot qui range les ordures pour
nettoyer la Terre (premier niveau, projection dans le futur), mais
aussi un être prisonnier de sa fonction sociale, conçu
pour faire encore et encore la même action inutile
(deuxième niveau, transposition dans le présent).
Cette multiplication des niveaux de lecture ne s'arrête pas
là, puisque outre les personnages, les actions prennent
souvent un sens nouveau à la lumière d'une autre
action, et, film de science-fiction oblige, la direction artistique
joue un rôle majeur dans la compréhension de l'univers
et la mise en place des enjeux « de
fond ».
Mais tout cela ne serait absolument rien s'il
n'y avait pas derrière un vrai scénario pour tenir le
tout, et heureusement : c'est le cas. Car ce qui frappe à la
vision de Wall.E, c'est à quel point tout semble simple et
facile. Le film ne compte absolument aucun moment inutile, pas une
seule scène ne dure trop ou pas assez longtemps, aucun
dialogue ou regard n'est en trop ; rien de ce qui sert à
guider la pensée du spectateur n'est trop lourd (ni lourd du
tout d'ailleurs). Quiconque s'est déjà posé un
jour trois questions sur les mécanismes narratifs ne pourra
qu'être ahuri devant la qualité exceptionnelle du
scénario dont la simplicité apparente n'a
d'égal que sa perfection (le meilleur scénario Pixar
à n'en pas douter). Et là où on pouvait
reprocher à Ratatouille quelques problèmes de rythme
ou une fin à rallonge un brin lourdingue (en tout cas au
regard de la qualité de ce qui précédait),
Wall.E est absolument exempt de défauts de scénarios,
à tel point que l'on pourrait utiliser sans trop se tromper
le mot « parfait ».
Malheureusement, cette perfection
scénaristique n'est pas égalée par la
qualité de la réalisation. Car aussi efficace, claire
et dynamique qu'elle soit, Stanton ne transcende jamais son sujet
par elle et semble se reposer sur une caméra purement
narrative, jamais émotionnelle. Cela ne veut pas dire que le
film ne compte aucun moment de grâce (il y en a un paquet),
mais juste qu'il se contente d'obéir efficacement aux
besoins de son histoire, de ses personnages et de l'ampleur
graphique de son univers. Bref, à ce niveau-là
Stanton n'égale pas Bird, mais heureusement pour lui (et
pour nous) le film franchit un nouveau pas dans la qualité
graphique et d'animation. Non seulement les textures et les
animations sont plus crédibles que jamais, mais en plus le
travail fait sur la « caméra » du film
pour donner la sensation d'images filmés donne
réellement le sentiment de voir une histoire capturée
par des objectifs et de la pellicule. Ce qui pourrait sembler
n'être qu'un gadget prétentieux de la part de gens qui
s'amusent avec leurs jouets de luxes, aboutit en
réalité à un changement majeur dans la
perception du film : plus question d'admirer la technique du film,
lorsque Wall.E joue avec ses chenilles, on ne regarde pas un
fantastique travail d'animation, on regarde un robot triste qui
passe le temps comme il peut, et qui joue avec ses chenilles ! A
partir de là, le film offre une suspension
d'incrédulité totale et se vit en immersion
complète sans aucun moment pour reprendre son souffle, et
sans aucun moment pour se détacher du personnage
principal.
Car au delà de toute signification,
propos ou thème, ce qui rend Wall.E si attachant, c'est
qu'il est à la fois fort, débrouilleur, volontaire et
courageux, mais aussi naïf, timide, innocent et
dépourvu de la moindre dose de cynisme. Incarnation de
l'innocence (ou volonté d'innocence) qui sommeille en chacun
de nous, Wall.E est la force tranquille qui réclame son
droit le plus élémentaire : vivre. Mais cette
réclamation ne vient pas (et ne peut pas venir) tout de
suite, car il commence prisonnier de son statut social,
condamné à ranger encore et encore des
détritus sans que cela ait l'air d'avoir le moindre impact
sur son environnement, et rêve doucement chaque soir en
regardant un film qui lui laisse espérer une vie
meilleure.
L'arrivée d'Eve viendra reconfigurer
les règles de son petit monde en mettant à sa
portée un rêve qu'il croyait inaccessible. En
accédant au bonheur (ou à l'espoir du bonheur),
Wall.E s'est transformé et a trouvé sa raison de
vivre, une raison de vivre pour lequel il est prêt à
se battre quitte à y laisser ses boulons, et c'est en
trouvant cette raison de vivre que Wall.E réussit finalement
à accéder à son âme (celle dont il
rêve chaque soir devant son écran) et à
résoudre les conflits. A travers cette histoire simple,
Pixar semble nous mettre en garde contre la vie moderne qui finit
par faire de nous des zombies sans âmes plongés dans
un demi-sommeil, et c'est cette absence d'âme qui nous rend
capable de faire ce que nous faisons à notre Planète.
Le cinéma sauve l'âme qui sauve la planète, qui
a dit que les histoires étaient une perte de temps
?
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Date de création : 28/10/07 Dernière mise à jour : 14/09/08 19:34 / 31 articles publiés
wall.E ou le robot à la recherche de son âme (Critiques) posté le jeudi 24 juillet 2008 10:31
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Tous les commentaires de l'article:
wall.E ou le robot à la recherche de son âme
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Très bon texte qui rend parfaitement justice à , ne pesons pas les mots, ce véritable chef d'oeuvre.
Un émerveillement total pour le cerveau, le coeur et les yeux.
J'y retourne demain. J'ai hâte !
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Vimaire
mar 29 jui 2008 20:00