Accueil Date de création : 28/10/07 Dernière mise à jour : 14/09/08 19:34 / 31 articles publiés

wall.E ou le robot à la recherche de son âme  (Critiques) posté le jeudi 24 juillet 2008 10:31

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      Wall.E est sans doute le meilleur blockbuster de cet été pourtant chargé. Depuis 1995 et la sortie de Toy Story, Pixar a constamment su se réinventer et évoluer en évitant tous les pièges que tout le monde leur prédestinait ; en restant fidèles à eux-mêmes, à leurs idéaux, leurs rêves et leur passion, ils ont su créer des films parmi les plus marquantes de ces 13 dernières années, et ils ont appliqués cette philosophie à l'intérieur même de leurs films. Depuis, ils semblent avoir été traversé par une crise de conscience : la civilisation moderne court à la catastrophe, et il faut le faire savoir.

      Un tel sujet n'est pas sans risques. D'abord parce qu'il risque de tomber dans le didactisme le plus crasseux, ensuite parce qu'à la fois tellement proche et tellement loin de nous, une quelconque réflexion dessus risquerait de faire sortir le spectateur du film pour ne plus l'impliquer qu'à un niveau intellectuel. La solution : proposer un entertainment de qualité, laisser le discours politique en arrière-plan ou en sous-texte, et multiplier les niveaux de lecture. C'est maintenant qu'entre en scène Wall.E.

      Wall.E est un robot qui ne fait qu'exécuter une action vide de sens et d'efficacité (premier niveau, apparence sociale), en réalité il est un être mélancolique qui passe ses soirées à rêver tout seul (deuxième niveau, état réel des choses). Il est un robot qui range les ordures pour nettoyer la Terre (premier niveau, projection dans le futur), mais aussi un être prisonnier de sa fonction sociale, conçu pour faire encore et encore la même action inutile (deuxième niveau, transposition dans le présent). Cette multiplication des niveaux de lecture ne s'arrête pas là, puisque outre les personnages, les actions prennent souvent un sens nouveau à la lumière d'une autre action, et, film de science-fiction oblige, la direction artistique joue un rôle majeur dans la compréhension de l'univers et la mise en place des enjeux « de fond ».

      Mais tout cela ne serait absolument rien s'il n'y avait pas derrière un vrai scénario pour tenir le tout, et heureusement : c'est le cas. Car ce qui frappe à la vision de Wall.E, c'est à quel point tout semble simple et facile. Le film ne compte absolument aucun moment inutile, pas une seule scène ne dure trop ou pas assez longtemps, aucun dialogue ou regard n'est en trop ; rien de ce qui sert à guider la pensée du spectateur n'est trop lourd (ni lourd du tout d'ailleurs). Quiconque s'est déjà posé un jour trois questions sur les mécanismes narratifs ne pourra qu'être ahuri devant la qualité exceptionnelle du scénario dont la simplicité apparente n'a d'égal que sa perfection (le meilleur scénario Pixar à n'en pas douter). Et là où on pouvait reprocher à Ratatouille quelques problèmes de rythme ou une fin à rallonge un brin lourdingue (en tout cas au regard de la qualité de ce qui précédait), Wall.E est absolument exempt de défauts de scénarios, à tel point que l'on pourrait utiliser sans trop se tromper le mot « parfait ».

      Malheureusement, cette perfection scénaristique n'est pas égalée par la qualité de la réalisation. Car aussi efficace, claire et dynamique qu'elle soit, Stanton ne transcende jamais son sujet par elle et semble se reposer sur une caméra purement narrative, jamais émotionnelle. Cela ne veut pas dire que le film ne compte aucun moment de grâce (il y en a un paquet), mais juste qu'il se contente d'obéir efficacement aux besoins de son histoire, de ses personnages et de l'ampleur graphique de son univers. Bref, à ce niveau-là Stanton n'égale pas Bird, mais heureusement pour lui (et pour nous) le film franchit un nouveau pas dans la qualité graphique et d'animation. Non seulement les textures et les animations sont plus crédibles que jamais, mais en plus le travail fait sur la « caméra » du film pour donner la sensation d'images filmés donne réellement le sentiment de voir une histoire capturée par des objectifs et de la pellicule. Ce qui pourrait sembler n'être qu'un gadget prétentieux de la part de gens qui s'amusent avec leurs jouets de luxes, aboutit en réalité à un changement majeur dans la perception du film : plus question d'admirer la technique du film, lorsque Wall.E joue avec ses chenilles, on ne regarde pas un fantastique travail d'animation, on regarde un robot triste qui passe le temps comme il peut, et qui joue avec ses chenilles ! A partir de là, le film offre une suspension d'incrédulité totale et se vit en immersion complète sans aucun moment pour reprendre son souffle, et sans aucun moment pour se détacher du personnage principal.

      Car au delà de toute signification, propos ou thème, ce qui rend Wall.E si attachant, c'est qu'il est à la fois fort, débrouilleur, volontaire et courageux, mais aussi naïf, timide, innocent et dépourvu de la moindre dose de cynisme. Incarnation de l'innocence (ou volonté d'innocence) qui sommeille en chacun de nous, Wall.E est la force tranquille qui réclame son droit le plus élémentaire : vivre. Mais cette réclamation ne vient pas (et ne peut pas venir) tout de suite, car il commence prisonnier de son statut social, condamné à ranger encore et encore des détritus sans que cela ait l'air d'avoir le moindre impact sur son environnement, et rêve doucement chaque soir en regardant un film qui lui laisse espérer une vie meilleure.

      L'arrivée d'Eve viendra reconfigurer les règles de son petit monde en mettant à sa portée un rêve qu'il croyait inaccessible. En accédant au bonheur (ou à l'espoir du bonheur), Wall.E s'est transformé et a trouvé sa raison de vivre, une raison de vivre pour lequel il est prêt à se battre quitte à y laisser ses boulons, et c'est en trouvant cette raison de vivre que Wall.E réussit finalement à accéder à son âme (celle dont il rêve chaque soir devant son écran) et à résoudre les conflits. A travers cette histoire simple, Pixar semble nous mettre en garde contre la vie moderne qui finit par faire de nous des zombies sans âmes plongés dans un demi-sommeil, et c'est cette absence d'âme qui nous rend capable de faire ce que nous faisons à notre Planète. Le cinéma sauve l'âme qui sauve la planète, qui a dit que les histoires étaient une perte de temps ?

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Tous les commentaires de l'article:
wall.E ou le robot à la recherche de son âme

  • Vimaire

    mar 29 jui 2008 20:00

    Très bon texte qui rend parfaitement justice à , ne pesons pas les mots, ce véritable chef d'oeuvre.

    Un émerveillement total pour le cerveau, le coeur et les yeux.

    J'y retourne demain. J'ai hâte !