Accueil Date de création : 28/10/07 Dernière mise à jour : 11/02/09 17:42 / 34 articles publiés

L'homme de la plaine - analyse séquence 3/3  (Analyse séquence) posté le lundi 14 janvier 2008 09:04

Résumé des épisodes précédents : James Stewart a attaqué Dave contre qui il s'est battu avant de le plonger dans un abreuvoir à chevaux (ou partie 1/3 et partie 2/3)

 

Après avoir plongé Dave dans l'abreuvoir, Stewart tente de reprendre son souffle au premier plan, tandis qu'à l'arrière plan arrive Vic qui fonce vers Stewart.

Stewart est épuisé, plié en deux et par conséquent son visage est caché, premier signe de la bestialité dans laquelle sont plongés tous ceux qui s'adonnent à la violence et à la vengeance (qui est le thème central du film).

Néanmoins ce « recueillement » est filmé dans un plan plus large que ceux le précédant ou le suivant (et qui sont des plans de bagarre donc), pour, par un effet de contraste, mettre en avant le calme venant de l'arrêt de la violence. A noter que le plan est en contre-plongé et donne une certaine part au ciel, lieu de calme par excellence.

 

Vic arrive vers Stewart et le prend par le col pour l'empêcher de continuer. Raccord mouvement vers un plan plus serré, emprisonnant Stewart dans une spirale de violence dont il voudrait bien s'échapper...

...mais à laquelle il revient toujours.

 

Stewart se jette ensuite sur Vic qui est tombé à terre, et les deux passent sous un cheval, signe du seuil de bestialité qu'ils franchissent tous les deux en se battant.

 

Commence alors le deuxième combat de la séquence, et contrairement au premier, le réalisateur a choisi de s'attacher au chaos qui s'en dégage, ce qui n'est pas tâche aisée.

N'importe quel réalisateur le dira, représenter le chaos d'un combat (ou de n'importe quoi d'autre) tout en évitant de perdre le spectateur (puisque le chaos est par essence...euh...chaotique donc) est l'une des choses les plus difficiles à faire.

Ici, Anthony Mann a choisit de filmer le combat comme étant directement chaotique, ce qui posait bien évidemment des problèmes pour ne pas perdre le public. Pour éviter ce fâcheux problème, il a eu recours à une astuce aussi bien en terme de mise en scène que de scénario : le changement de point(s) de vue(s).

 

Le premier changement intervient rapidement, avec les cow-boy qui reculent précipitamment leurs chevaux pour éviter que Stewart et Vic ne se fassent écraser par eux (ce qui serait ballot puisque le film s'arrêterait là). Ce plan filmé en légère contre-plongée et à hauteur des cow-boy (et non plus sur le sol comme pour Stewart et Vic) permet de changer une première fois de point de vue.

 

Le deuxième changement se fait avec Dave qui est sorti de son abreuvoir et qui n'a pas l'air content, ajoutant au combat l'idée d'une menace supplémentaire histoire d'ajouter un peu de tension.

 

Mais alors que ce pauvre Dave sort son pistolet avec une idée de fourbe en tête (dans lequel il est probablement question de tirer un coup de feu sur quelqu'un mais ne m'en demandez pas plus), voilà qu'il se fait tirer dessus (note : remarquez le nuage de l'impact à droite de Dave)

 

Panoramique vers la gauche pour découvrir une femme d'un âge certain (répondant au doux nom de Kate) et tenant Dave en respect, lui interdisant d'agir de quelque façon que ce soit. Premier allié de poids pour Stewart donc.

 

Quatrième point de vue supplémentaire : Barbara (qui dans une scène précédente a eu l'air de bien apprécier notre ami Stewart malgré son âge avancé (quand je pense que je suis toujours célibataire, ah non mais je vous jure...).

 

Enfin cinquième et dernier point de vue : l'indien dont le côté menaçant a jusque là été donné entièrement par la mise en scène, précisons-le, et qui, en fourbe qu'il est, sort ici de derrière un pilier en attente de faire un mauvais coup.

 

Pendant le combat, on retrouvera Kate et Dave visiblement ayant des problèmes intestinaux (ou mentalement impliqués dans le combat, c'est selon).

à noter aussi que le fait de montrer Kate et Dave regardant le combat le visage déformé par une grimace haineuse permet au spectateur de se rendre compte de ses propres émotions lorsqu'il encourageait intérieurement le personnage de Stewart à gagner le combat précédent

 

Mais pourquoi ces changements de points de vues me direz-vous ? Eh bien parce-qu'en faisant cela, Anthony Mann se laisse toute latitude pour rendre le combat complètement chaotique, sans se soucier un seul instant de sa compréhension par le spectateur puisque l'avancée narrative est procurée par les changements de points de vues, eux-mêmes (et c'est là l'intérêt scénaristique) faisant le point sur qui est avec qui (tout en présentant Kate en position de force, chose indispensable à son personnage). []

Ainsi, Anthony Mann peut à loisir :

 

  • faire passer des animaux devant la caméra

  • les filmer en plans rapprochés assez peu intéressants dramatiquement

  • ou les faire disparaître dans des nuages de poussière

 

Voilà comment en une séquence (enfin un peu moins étant donné que ça continue après) Anthony Mann filme la transformation de son personnage principal en héros, fait le point sur les alliances entre les personnages et sert la thématique de son film uniquement par la mise en scène, et le tout d'une manière absolument invisible puisque si la séquence fonctionne le spectateur ne voit en elle qu'une scène à haut enjeu dramatique (ce qu'elle est aussi).

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30 jours de nuit  (Critiques) posté le vendredi 11 janvier 2008 14:57

Ah on l'aura attendu ce 30 jours de nuit ! Adaptation du comic-book du même nom, deuxième film de David Slade (après son sympathique mais imparfait Hard Candy) le tout sous la houlette de Sam Raimi producteur. On nous promettait un film gore et viscéral qui revisitait le mythe des vampires en se servant d'un postulat de base des plus alléchant : l'invasion d'une petite ville en Alaska pendant une période de 30 jours où le jour ne se lève jamais (ouais mais c'est pas des jours alors...ah on me souffle qu'il y a un jeu de mot, au temps pour moi). Bref, tout pour exciter n'importe quel fan de film d'horreur. Et malheureusement, la déception est au rendez-vous.

 

Pourtant ça commençait bien avec de magnifiques plans qui nous faisaient ressentir tout l'isolement de la ville tout en installant une ambiance étrange et inquiétante, presque onirique avec notamment le « bateau fantôme » dont la seule vision marque durablement la rétine (quand bien même il n'est jamais utilisé et qu'à la fin on ne peut que supposer à quoi il servait). Bref, dés le début l'ambiance est admirablement posée, dommage que ça soit l'une des rares réussites du film...

L'introduction qui nous présente les différents personnages avec les différents éléments du film sent bon la grosse ficelle (« oh, un broyeur...mais à quoi va-t-il servir ? »), d'autant que la totalité des informations sur les personnages passe uniquement par les dialogues. On repassera donc pour l'approche viscérale...

Si David Slade sait parfaitement soigner ses cadres et donner ainsi au film un aspect comic-book des plus appréciable (c'est toujours agréable de regarder un film esthétiquement joli), il est en revanche incapable de filmer la moindre scène d'action et de suspense, se contentant de brusques entrées de champ appuyées par un bon gros soundtrack des familles. Si la première fois que l'on a droit à cet effet on reste indulgent (après tout Carpenter l'a bien utilisé une fois sur The Thing...), ça commence sérieusement à devenir énervant les 287 fois suivantes (bon j'exagère, mais à peine). Incapable aussi de créer un espace, ce qui est somme toute assez dommageable dans un film qui a l'ambition de jouer autant avec son décor principal (la ville donc), vu que jamais on ne sait quoi que ce soit sur la position géographique des personnages, donc adieu implication active du spectateur et bonjour visionnage passif en attente de moments un peu nerveux. D'ailleurs cette absence de création d'espace va jusque dans les scènes d'action même, puisque David Slade a filmé 30 jours de nuit quasiment exclusivement en gros plans et longues focales, ducoup un truc tout bête comme un vampire qui court vers un humain est tout simplement incompréhensible, laissant la tension aux vestiaires pour se contenter d'un « suspense » ostentatoire (« regardez cette scène, y a de la tension alors soyez tendu ! »). C'est d'autant plus dommage que les quelque plans larges (presque tous dans les premières minutes du film d'ailleurs) sont réellement réussis et parviennent sans problème à happer le spectateur dans l'univers de la ville la plus au Nord de l'Alaska. Et si on peut supposer sans mal que Slade a voulu avec ces gros plans et sa longue focale instaurer une ambiance oppressante qui retranscrive la petitesse des possibilités des protagonistes, force est de constater que ça marche pas (sauf dans les plans larges donc, ah non mais je vous jure...).

Autre défaut, d'ordre scénaristique cette fois, la multiplicité des points de vue qui annihile absolument toute possibilité de faire ressentir au spectateur l'isolement des protagonistes. Ainsi un truc tout bête comme le fait de savoir avant le personnage principal que tel autre personnage n'est pas mort comme on le croyait mais s'est juste déplacé, empêche de ressentir la moindre émotion lors de leurs retrouvailles et même, les anticipe carrément (c'est ballot hein ? moi je trouve ça ballot). Le rythme du film qu'on devine voulu « calme et contemplatif pour appuyer les moments horrifiques et en même temps retranscrire l'état psychologique des personnages » n'est au final que mou, jusque dans son final où jamais un pet de tension ne verra le jour (« ah, ok », voilà à peu de choses près ce que je me suis dis à la résolution du film). Un petit mot aussi sur les personnages, dont le manque cruel d'épaisseur psychologique empêche toute implication du spectateur.

On se contente donc de regarder la sophistication visuelle du film avec ses cadres soignés, sa très jolie photo, sa production design somme toute assez réussie, ses vampires au look intéressant (mais juste intéressants, genre « oh c'est intéressant ça », ou bien « j'aurais jamais pensé à en faire des rock-star au style gothique, c'est intéressant »), et ses acteurs aux visages assez bien trouvés achevant de donner à 30 jours de nuit une certaine cohérence visuelle, mais pour le film qui devait redonner un coup de fouet au cinéma d'horreur, c'est quand même bien maigre...

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Hitman de Xavier Gens  (Critiques) posté le jeudi 03 janvier 2008 17:34

Le personnage principal des jeux vidéo Hitman est sans doute l’une des figures les plus puissantes et les plus importantes du monde vidéoludique actuel. L’adapter au cinéma représentait une gageure de taille : comment retranscrire sa puissance évocatrice tout en évitant l’écueil de la simple pub à sa gloire ? Comment traduire son ambiguïté, sa froideur, sa méticulosité et son efficacité tout en en faisant un personnage humain auquel le public pourrait s’identifier ? La tâche ne semblait pas gagnée d’avance tant le personnage est anti-cinématographique (en tout cas pas comme personnage principal), mais malgré tout des « solutions » existent : voir l’histoire du point de vue d’un autre personnage que Code 47 pour pouvoir conserver son « aura mystique », ou bien – à l’image du récent Beowulf – mettre à mal le mythe avant de le faire s’envoler à la fin et rentrer dans la « légende ».

            De plus, le personnage de Code 47 présentait des questionnements assez intéressants sur la notion de bien et de mal, de justice et d’injustice, d’humanité et d’inhumanité… Allait-on retrouver tout ça dans la nouvelle production Fox/Europa ? Ou bien allaient-ils – comme d’habitude, et cette remarque ne vaut pas que pour eux – ne retenir de l’inspiration de base que le simple concept (un chauve en costard élevé pour devenir un surhomme qui tue des gens sur des airs d’opéra) ?

            La réponse est bien entendue la plus redoutée. Limité à son simple concept par un scénario débilisant qui se contente d’enchaîner des séquences d’action sans aucun souci de logique, le film fait l’exploit de vider de toute substance son personnage principal (ce qui était quand même pas évident à faire…). Ainsi dans le film, Code 47 boit du whisky avec beaucoup de glaçons, utilise à outrance les explosifs (quasiment absent des jeux, et pour cause, c’est pas ce qu’il y a de plus discret), transforme ses contrats en boucheries, se bat avec des couteaux « pour mourir avec dignité » (sic), épargne une fille « parce-qu’en un regard j’ai vu qu’elle n’y était pour rien » (re-sic) et vient même filer un petit coup de main au pauvre policier de Interpol qui comme le spectateur, fait semblant de comprendre ce qui se passe.
 

            Ce démolissage en masse d’une licence pourtant excellente (enfin…qui l’était) n’est d’ailleurs pas le premier à être causé par la Fox. Daredevil, Elektra, Alien, Predator, Les quatre fantastiques, Die Hard, maintenant Hitman et bientôt Dragon Ball… autant de ratages complets imputables au studio : scénarios bâclés ou charcutés, casting de série télé, budget réduits, délais ridicules, tournages expédiés…

            Le pire dans tout ça, c’est qu’il est très difficile (voire impossible) de désigner explicitement les responsables. La réalisation n’est clairement pas à la hauteur, mais comme le montage a été « revu et corrigé » par cet espèce d’Akiva Goldsman du montage, à savoir Nicolas de Toth (qui a fait le même boulot sur Die Hard 4, et s’est également occupé de chefs d’œuvres comme Underworld 2, Bleu d’enfer ou encore Le pacte du Sang), difficile de juger des capacités de Xavier Gens, d’autant que quelques séquences présentent un certain nombre de qualités, dommage qu’elles soient noyés sous un rythme qu’on devine voulu soutenu mais qui n’est au final que vain tant il ne s’arrête jamais.

            La photo possède une certaine classe, la musique (très inspirée du travail de Powell sur la trilogie Jason Bourne avec laquelle Hitman possède d’ailleurs un certain nombre de similitudes) donne un certain rythme à l’ensemble…tout en fichant par terre toute tentative d’instaurer une ambiance un peu lourde, plus propice au ton du film…

            La relation entre la prostituée et Code 47 est – en l’état – complètement inintéressante tant elle passe par des clichés éculés (en gros la pauvre et innocente prostituée va trouver la salvation avec Code 47 tandis qu’en s’occupant d’elle, il trouvera son humanité…adaptation de Hitman vous avez dit ?), mais je retiens quand même UN élément qui aurait pu mérité d’être un peu plus développé et/ou exploité : le passé meurtri qui les a conduit à perdre toute confiance en l’humanité. Il aurait été intéressant (et logique vu les jeux vidéo où la plupart des méchants sont « chaleureux » et bons vivants, et où les gentils sont froids, communiquent uniquement par système sophistiqués quand ils ne se font pas moines…) de développer ce rapport, plutôt que de se contenter de cet espèce de happy-end mielleux d’une inutilité débordante prévu pour « faire ressortir le spectateur avec le sourire ».

 

Bref, Hitman au cinéma c’est tout simplement une catastrophe, une trahison complète de l’œuvre originale pour n’en garder que le concept et en faire un actionner bourrin même pas potable. Il ne reste plus qu’à espérer l’hypothétique sortie d’une director’s cut qui pourrait (peut-être) remettre les pendules à l’heure…

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3615 Code Père Noël  (Critiques) posté le mardi 25 décembre 2007 00:00

C'est l'esprit étourdi par la magie de Noël, encore empli de joie et d'alégresse que je suis tombé - par hasard - sur ce 3615 Code Père Noël, diffusé sur CinéFX. Quoi ? Un film avec un Père Noël en Bad Guy ? Je veux ! Le film commence, et à ma grande surprise...c'est français !

Si si, français, même que y a des acteurs français qui parlent français dedans, c'est fou non ? Sceptique j'aborde la première scène. Une ambiance de Noël avec musique et bataille de boule de neige par des enfants, des bribes de paroles incompréhensibles de gens que l'on devine joyeux, bref une atmosphère agréable et chaleureuse. Arrive alors le barbu du film à la barbe pas encore blanche, et qui commence à jouer à la bataille de boule de neige avec les gamins. Sauf que dès qu'il commence, eux finissent et s'en vont, le laissant tout seul comme une tâche marron sur un fond blanc. 

En une séquence totalement muette, René Manzor nous a donc efficacement introduit le bad guy du film en même temps que présenté sa note d'intention : ce film serait-il bien ?

Et il faut bien avouer que la suite confirme cette première impression, et ce dès une scène rambo like où le jeune héros s'amuse à déglinguer des ennemis imaginaires dans le manoir qui lui sert de terrain de jeu (et accessoirement de maison). Jeu sur l'espace, travail sur le son, découpage carré et précis, le film fait preuve d'un savoir-faire certain qui parviendra à se maintenir tout au long du film, lui conférant une efficacité indéniable, chose malheureusement rare dans nos contrées.

Bien sûr tout n'est pas parfait, à commencer par quelques faiblesses au niveau du rythme assez préjudiciable à l'immersion de ce genre de films, ou encore quelques passages qui semblent n'être là que pour faire avancer l'intrigue (avec moult dialogues explicatifs complètement inutiles). On regrette aussi la séquence sur les toits, qu'on imagine aisément magistrale dans l'esprit de son réalisateur (la nuit, avec la neige, pieds nus, au sommet d'un château, yeah !) mais qui n'arrive nullement à susciter une once de tension tant elle n'est pas crédible (la faute à la neige d'une mocheté confondante, mais on suppose qu'il était bien difficile d'exposer un enfant au froid direct).

Mais le film a quand même pour lui un nombre non négligeable de séquences mémorable bien glauques, servies par un propos réellement intéressant et parfaitement intégré à la trame narrative du film (non, vous n'aurez pas droit à trois phrases-chocs balancées à la fin pour vous plonger dans d'intenses réflexions, ici tout passe par le visuel), le tout appuyé par une réalisation nerveuse et efficace. 

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Big City - ben en fait...  (Critiques) posté le lundi 17 décembre 2007 11:06

Par pur chauvinisme (ou par naïveté débile, c'est selon) je m'efforce d'aller encourager en salle chaque tentative cinématographique française qui sorte un peu des sentiers battus et qui s'efforce de proposer un vrai cinéma de genre populaire (ou pas d'ailleurs) dans un pays qui en a bien besoin. Mais après les purges infâmes que représentent Chrysalis et Les deux mondes (j'ai baissé les bras pour La chambre des morts), j'ai longuement hésité pour ce Big City dont le concept de départ semblait friser la crétinerie totale (un western avec des gamins, le kiff !), et qui plus est nouvelle production Gaumont (déjà derrière les deux ratages précités). Finalement c'est la sympathie que j'éprouve à l'égard de Bensalah (suite à son Raid raté mais néanmoins sympathique et faisant preuve d'un véritable savoir-faire) qui m'a poussé à lui donner à nouveau sa chance, et finalement...ben c'est pas si mal en fait, voire pas mal du tout !

S'attaquer au genre le plus codé qui soit en le transformant en un divertissement pour toute la famille, tout en conservant un propos un tant soit peu intéressant et en évitant une niaiserie crétine, voilà qui n'était pas gagné d'avance, surtout au vu de son concept : faire un western « normal » [tel que la plupart des gens le voient, c'est-à-dire en enchaînant tous les clichés du monde] mais avec des enfants à la place des adultes (une vague intrigue est tout de même emballée à la va-vite pour justifier cette situation), et force est d'avouer que le film s'en sort plutôt bien, puisque plutôt d'enchaîner des séquences « westernesques » [telles que la plupart des gens les voient], les scénaristes ont élaborés une véritable intrigue somme toute assez bien ficelée et efficace, donnant au film une efficacité narrative bien appréciable, surtout au regard du grand nombre de personnages dont un paquet ont une importance sinon égale du moins semblable. La force de cette intrigue est de réussir à intégrer tout un tas d'éléments « de propos » (le racisme c'est pas bien, les noirs sont aussi des humains, les chinois sont nos amis, la guerre c'est sale, les prostituées ont un coeur d'ange, les indiens peuvent se marier avec des blanches, y a pas que l'argent dans la vie, l'alcool détruit le cerveau, laissez les enfants être des enfants, etc.) à son intrigue (comme je subodore que les parenthèses vous ont fait perdre le fil, je recommence : ) la force de cette intrigue est de réussir à intégrer tout un tas d'éléments « de propos » à son intrigue (par exemple le méchant se sert du racisme et des préjugés pour avoir son argent, il manipule quelqu'un avec de l'alcool, ce quelqu'un buvant pour oublier la guerre, la prostituée...non rien en fait, la prostituée elle sert à rien, enfin sauf donner des scènes assez mimi tout plein, de la gaieté dans une intrigue finalement assez sombre en somme, prouvant le souci qu'ont les scénaristes de leurs spectateurs), les personnages servent l'intrigue et sont servis par elle, et sont convaincants...un peu. Un peu parce-que Bensalah a eu le bon goût de faire jouer les enfants comme des enfants, ce qui constitue à la fois le point fort et le point faible du film. Le point fort parce-que ça donne à chaque action « adult like » une qualité de miroir assez déstabilisante dans ses entraves à la morale actuelle (ce qui est aussi un peu le principe du film, vu que ça marche c'est déjà pas mal), et la plus grosse faiblesse parce-que ça donne un peu l'impression de regarder une pièce de théâtre de primaire, avec des gamins qui passent leur temps à réciter des dialogues mal écrits (d'où crédibilité réduite, d'où implication émotionnelle réduite, d'où plaisir de visionnement réduit).

On peut aussi se demander ce qu'aurait donné le film en moins bavard et en version adulte (surtout pour le personnage de la prostituée qui aurait été euh...non rien), même si pour le coup il aurait perdu de sa bonne humeur et de sa qualité de miroir (et accessoirement de « je suis tout public dans mon concept alors emmenez toute la famille »), on peut se demander si ça aurait pas été mieux avec des acteurs plus en retraits et moins de dialogue, une prostituée en plus, une ligne narrative qui ne s'arrête pas une demie-heure avant la fin, des regards et des émotions en lieu et place de longs et chiants discours, une prostituée mise en avant, moins de gros plans systématiques (même si globalement Bensalah a fait du vrai bon boulot en terme de réal'), et puis...euh non rien.

Donc voilà, Big City, ça aurait pu être mieux, mais en l'état c'est déjà pas mal, ça en donne pour son argent en terme de spectacle, le budget est à l'écran, c'est pas con, pas niais, pas débilement gentil, et on en ressort quand même avec le sourire (mais la prosti...euh non rien).

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