Accueil Date de création : 28/10/07 Dernière mise à jour : 11/02/09 17:42 / 34 articles publiés

Analyse 1001 pattes - la présentation de la colonie  (Analyse séquence) posté le mardi 25 mars 2008 09:07

1001 pattes, a bug's life, analyse, andrew stanton, john lasseter, pixar

J'avais commencé par envisager de faire une analyse de 1001 pattes « simple » et en un seul bloc, analyse qui se serait centrée sur quelque points précis du film et qui m'aurait permis de remettre ma machine neuronale en marche en vue – éventuellement - de continuer sur Die Hard (dont la suite de l'analyse devrait arriver lorsque Mars sera aligné avec Jupiter, mais c'est pas sûr). Mais comme les choses sont bien faites (enfin sauf si ce que vous attendez c'est Die Hard), il s'est trouvé que 1001 pattes est un film tellement bien que j'ai trop de choses à dire dessus. Incapable que je suis d'organiser tout ça pour un seul texte lisible – pardonnez mon incompétence – je me suis dis qu'une nouvelle série d'analyses venaient juste de commencer sur ce modeste blog. En avant donc pour du 1001 pattes, et aujourd'hui : la présentation de la colonie et de ses habitants.

 

Note : il est bien entendu indispensable d'avoir vu le film pour lire l'analyse (et indispensable tout court d'ailleurs).

Note 2 : le retour : ces incapables de Pixar ayant décidé de faire un film sur des fourmis, et en conséquence de souvent ne leur accorder qu'une place minime dans le cadre, j'ai parfois dû entourer à l'image la partie qui nous intéresse pour des raisons de lisibilité. D'avance je m'excuse pour cette gêne esthétique et espère que vous ne me brûlerez pas vif, du moins pas avant que j'ai fini.


Présentation de la colonie

Toute la première partie du film est consacrée à la présentation de la colonie et de ses habitants, son mode de fonctionnement et sa hiérarchie. Voyons comment cela nous est exposé :

P1O

Un ouvrier fourmi entre dans le champ par le bas en grimpant sur la plante...

P1Q

...puis il enlève la graine pour la lancer à des fourmis qui l'attendent au sol (hors-champ pour l'instant)...

P1S

...avant de continuer de grimper et de sortir du champ par le haut, exactement au même moment que la mise au point change pour se faire sur le deuxième niveau de profondeur de champ où l'on peut apercevoir de nombreuses fourmis grimper à leur tours sur les plantes et faire la même action que le premier ouvrier.


Cette première introduction au monde des fourmis nous a déjà appris une chose : seule, une fourmi ouvrière n'est rien (elle entre dans le champ par le bas, signe d'infériorité), et elle ne peut s'élever qu'à condition de compter sur les autres (le changement de mise au point montre ici un travail de groupe, ce qui permet à la première fourmis de sortir du champ par le haut, d'être plus forte).

P2C

Les ouvriers au sol attrapent les récoltes que leurs lancent les ouvriers cueilleurs. Ils se dirigent vers la droite.


P4G


P5A

La direction des fourmis aux plans 4 et 5 est incontestablement la droite, que ce soit pour aller déposer leur récolte ou pour repartir.

P6A

Ici encore, les fourmis se dirigent vers la droite du cadre. Notons la direction en diagonale qui, couplée à la direction vers la droite, forme la direction la plus facile dans un plan (nous sommes habitués à lire de gauche et à droite, et notre vision de la pesanteur nous fait penser que les choses tombent plutôt que s'élèvent).

P11C

P12B

Enfin, tous les plans mettant en scène les ouvriers les montrent dirigés et/ou se dirigeant vers la droite du cadre.

La direction vers la droite permet de clarifier les choses d'un point de vue géographique : à chaque fois que des personnages du film se dirigent vers la droite (du moins lorsqu'ils se trouvent dans une aire de voyage), c'est qu'ils vont vers la colonie, et inversement.

La droite est également la « bonne direction » de la colonie pour les ouvriers.


P14B

P14C

Alors que toute les fourmis ouvrières sont bloqués par une horrible feuille tombée pile poile sur leur chemin et que tout espoir semblait perdu, viennent à leur secours deux gaillards chevaliers. Bon en réalité il s'agit des deux premiers membres des gérants de la colonie que l'on voit. Ils entrent dans le champ par le haut, symbole de puissance et d'autorité.

Leur autorité étant établie, cela laisse libre cours aux réal' pour s'en servir afin de continuer d'installer les bases de la mise en scène du film.

P16C

P17A

P18C

Car où se place logiquement l' « autorité » pour parler aux ouvriers ? A droite, dirigée vers la gauche. Ainsi dans ces quelque plans, les réalisateurs ont donnés à cette place particulière la fonction « tête de la colonie », fonction que l'on retrouvera tout au long du film.

Mais que va-t-il donc bien se passer si cette autorité-là était confrontée à l' « autorité suprême » ? Si les réalisateurs se contentaient de passer directement à la Reine, en laissant cette « autorité mineure » à sa place dans le cadre, cela ne diminuerait-il pas l'autorité de la Reine ?

Donc, astuce scénaristique et mise en scénique :

P21A

L' « autorité mineure » laisse passer les ouvriers, se retrouvant donc...à gauche regardant à droite.

P21B

P22B

De cette façon, le côté mineur de cette « autorité » est parfaitement intégré par le spectateur qui verra désormais en eux des sortes de contremaîtres de la colonie, des gérants à la tâche administrative et logistique (le personnage de gauche est professeur et le personnage de droite docteur).

Maintenant que les autorités mineures sont présentées, passons aux autorités majeures...

P25A

P25D

P25F

P26


Le dialogue entre le professeur et le docteur qui clôt le plan 22 nous informe déjà de la nature des personnages dont la présentation suit (« oh yeah, Princess Atta, the poor dear... »), ce qui évite d'être trop lourd lors de leur présentation directe.

D'abord, la nature royale de ces deux personnages est donnée par le cadre lui-même, fermé en haut par la pierre et en bas par le sol. Cette fermeture du cadre symbolise la nature ferme de ces deux personnages (ou plutôt de la fonction de ces deux personnages). Ce cadre est renforcé par la présence de deux fourmis « ombrageuses » postées de part et d'autre du cadre (en outre, leur simple présence suffit à faire comprendre qu'il s'agit de personnages importants).

Ensuite, leur nature transparaît dans leur position géographique. Lorsqu'au plan 25F la princesse Atta désigne le « gap in the line » (« trou dans la queue »), la direction vers laquelle elle regarde et le fait que le contre-champ soit en plongée (P26), nous indique qu'elles se trouvent sur un endroit légèrement en hauteur par rapport au reste, leur donnant ainsi une place leader.

Enfin, le rapport entre ces deux personnages et leur nature plus personnelle est donné par leur position. Ainsi la princesse Atta, au premier plan, extrêmement nerveuse, est celle qui s'occupe de la situation en premier lieu, tandis que derrière (dans l'ombre...) la Reine veille à ce que tout se passe bien.


S'il n'y avait qu'une « règle » à retenir pour les directions concernant l'autorité de la colonie, c'est que ce sont toujours les plus puissants qui sont cadrés à droite regardant vers la gauche, disons...comme s'ils n'avaient pas le droit de regarder vers la gauche quelqu'un de plus puissant qu'eux ou vers la droite quelqu'un de moins puissant.

Ce principe de base est très utile pour comprendre le fonctionnement de certaines conversation, prenons un exemple avec celle comprenant la Reine, la princesse Atta et Dot (la petite soeur d'Atta qui n'est pas encore princesse).

P32F

P33B

Lorsque Dot tente péniblement de voler, elle se fait reprendre par sa mère (la Reine) qui lui fait la leçon (« What did I tell you about trying to fly ? »).

Si l'on prend le principe des directions comme grille de lecture, la hiérarchie est parfaitement respectée : la Reine toute à droite, à sa gauche la Princesse Atta, et les deux regardent vers la gauche la petite Dot.

Néanmoins cette hiérarchie semble changer lorsque Dot reprend du poil de la bête et remet en cause sa soeur (« It's not my fault if she's so stressed out ! »).

P35B

P35D

P36E

P37A

Ainsi Dot se déplace vers la droite (vers la Reine), ce qui permet d'avoir l'enchaînement des plans 36 et 37, où une nouvelle hiérarchie semble prendre forme.

Mais il ne s'agit pas tellement d'un jeu de pouvoir en tant que telle, mais plutôt d'une manière de renforcer le fait qu'Atta soit assez mal à l'aise avec ses nouvelles responsabilités. Ainsi lorsqu'elle se met à gronder Dot, on sent que c'est pour essayer de se donner l'autorité qu'elle a du mal à trouver en elle. Cette « intervention » lui vaudra une remarque désagréable de Dot (« You're not the queen yet, A-T-T-A ! ») qui, dans une certaine mesure, remet en cause son autorité.

Le champ/contre-champ que permet le déplacement de Dot illustre parfaitement l'idée qui sera plus tard exprimé clairement par Atta (« Nobody believes I can do this job – Personne ne croit que je peux être reine » lors d'une entrevue avec Flik vers 44min24sec), c'est-à-dire qu'elle a le sentiment que personne ne croit en elle. Le plan 37 la montre isolée au milieu du cadre au premier plan tandis qu'à l'arrière-plan passent les ouvriers avec la nourriture, c'est donc une certaine idée du pouvoir qui est représentée ici, une Atta qui devrait être puissante, qui devrait regarder vers la gauche...mais qui regarde vers la droite, tandis que les « autres » (symbolisés par Dot et la Reine) la regardent vers la gauche (si elles lui faisaient confiance, elles devraient la regarder vers la droite).


Maintenant que la présentation de la colonie est faite, c'est au tour de Flik d'arriver. Mais ça, c'est pour la prochaine fois.


A suivre...

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Tous les commentaires de l'article:
Analyse 1001 pattes - la présentation de la colonie

  • sizyf

    sam 29 mar 2008 18:53

    Impressionnante analyse...
    comme toujours!
    vivement la suite!

  • magicdahan

    mer 26 mar 2008 15:01

    On analyse trop peu souvent les films d'animations...merci encore