Accueil Date de création : 28/10/07 Dernière mise à jour : 14/09/08 19:34 / 31 articles publiés

Mr-73, décevant mais bien quand même  (Critiques) posté le vendredi 14 mars 2008 17:04

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Oyé oyé mes frères, réjouissons-nous car MR-73 vient apporter une pierre de plus à l'édifice de plus en plus solide du film de genre qui s'assume dans notre beau pays. Olivier Marchal que l'on avait découvert avec le mineurement efficace Gangsters et le mi-maîtrisé mi-maladroit 36 nous revient avec un nouveau film, apparemment bien décidé à mettre fin à tous ses démons intérieurs d'ancien policier. Mais au lieu de jouer la carte du « réalisme » vain et chiant (qui a dit Le petit lieutenant ?), Marchal s'est plongé corps et âmes dans son sujet, au point parfois d'en faire trop certes, mais avec un talent indéniable.

            Conforté dans ses choix par le succès tant public que critique de 36, Marchal n'avait plus aucune raison de ne pas se lâcher complètement dans un film apparemment assez personnel. Fini la distance froide de 36 et bonjour le premier degrés immersif, car si MR-73 marque une nouvelle étape dans la carrière cinématographique de l'ancien policier, c'est surtout comme le passage à un cinéma ouvertement travaillé et stylisé. Et qu'importe si cette direction parfois maladroite risque de provoquer quelques sourires cyniques parmi ses spectateurs, car le film de Marchal s'adresse avant tout à ceux qui sont prêt à se plonger sans hésiter dans l'univers de son film, ceux pour qui la conception du bien et du mal ne se résume pas qu'à un trait de caractère et qui comprennent que dans la noirceur du sujet et du traitement ne se trouve pas uniquement la négation des valeurs humaines, loin de là d'ailleurs.

            Disons-le clairement, ce qui risque de faire grincer le plus de dents est son aspect réac', limite faf, tant le film ne se positionne jamais clairement d'un côté ou de l'autre de la moralité. Seulement là où certains pourraient voir un film à la moralité douteuse (les actes du héros sont loin d'être « bien »), je ne vois qu'un personnage ouvertement montré comme détruit et qui sacrifiera son peu d'humanité restante pour sauver la représentation de l'innocence du film. En d'autre termes, Marchal montre ouvertement le caractère auto-destructeur du personnage d'Auteuil, ce qui ne le conduira qu'à une seule issue possible (devinez) pendant que l'autre personnage important du film lui aussi montré comme auto-destructeur au début, finira, grâce à Auteuil justement, par lâcher prise pour accepter la vie, là encore une seule issue est possible (devinez encore). Quant à l'histoire du tueur, Marchal a eu la bonne idée de rester dans le flou, donnant des indices pouvant aller dans les deux directions possibles. Au spectateur de se démerder avec ça et d'interroger sa propre conscience.

            Visuellement c'est un Marchal en pleine forme et pleinement confiant que l'on retrouve. Décidé à améliorer sa mise en scène coûte que coûte, le bonhomme détruit toutes les limites qu'il s'était fixé, cherchant sans cesse à toucher l'émotion plutôt que l'intellect via une caméra qui a parfaitement compris le sens du mot « subjectivité ». Notons aussi que, malgré cela, le film reste parfaitement lisible, même sur un grand écran (à deux-trois séquences prés, certes), ce qui est suffisamment rare pour être souligné. On note aussi la photo extrêmement (trop ?) contrastée ou la musique immersive de Bruno Coulais qui achèvent de donner un ton si particulier à ce film, dont la teneur formelle me faisait presque oublier que je regardais un film français (la dernière fois c'était...ah ben L'ennemi intime tiens).

            Malheureusement le film n'est pas parfait et souffre malgré tout du « mal français », à savoir le scénario, qui ressemble plus à une première version qu'à un produit fini et soigné. Les dialogues sont souvent maladroits et, malgré les efforts évidents des acteurs pour se plonger dans leurs personnages, sonnent souvent faux. Mais le gros point faible du film vient avant tout de sa construction narrative. Confus, mal structuré, trop lent, bourré de passages que l'on jugerait inutile, son scénario empêche MR-73 d'atteindre des sommets du film de genre. On regrette aussi que Marchal n'ait pas souhaité faire quelque « séquences opéras » (à la manière de l'introduction magistrale de 36) qui auraient permis de booster le rythme, ce dont il avait grand besoin. Les divers arcs narratifs (le policier, sa femme, ses ennemis dans la police, sa relation avec sa chef, la fille des victimes et son histoire familiale, le tueur, l'ancien tueur, le chat, le chien, etc.) s'entrecroisent sans jamais vraiment se nourrir, au point qu'on avance la plupart du temps dans le flou (c'est peut-être volontaire pour coller au héros, certes, mais dans ce cas il aurait fallut donner une dynamique narrative plus poussée...). Et comble du comble, Marchal semble se contenter, pour exposer les situations, de gens qui discutent dans des pièces (réflexe d'ancien policier ?), ce qui à la longue est un peu lassant, surtout quand la mise en scène ne semble pas changer d'un poil.

 

            Bref, on regrette amèrement la pure bombe que Marchal aurait pu lâcher avec une narration plus travaillée, mais en l'état le film reste largement respectable, film noir immersif questionnant la part d'humanité que chacun porte en lui, doublé d'un film de genre couillu respectueux de ses spectateurs. Alors c'est un peu lent certes, mais c'est tellement rare en nos contrées qu'il serait dommage de passer à côté.

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Tous les commentaires de l'article:
Mr-73, décevant mais bien quand même

  • mailtoDavid

    lun 17 mar 2008 10:16

    Bonjour ! Bon article !
    Petit spoiler.
    Ce qui est bien avec Marchal et qui fait qu'il est un vrai cineaste , c'est son besoin de s'exprimer par l'image, en temoigne le magnifique montage en parallele de fin que je ne devoilerais pas dans ces details, mais qui annonce clairement la mort de l'individu et de ses démons pour une renaissance, impliquant le fait que le film a ete pour Marchal une catharsis lui permettant de passer a autres chose. On pourra donc toujours lui reprocher peut etre parfois d'en faire trop en terme de stylisation (proche de Melville et Mann) mais il replace le cinema comme un art d'image et d'emotion.
    En tout cas merci de soutenir le cinema de genre francais !