Accueil Date de création : 28/10/07 Dernière mise à jour : 11/02/09 17:42 / 34 articles publiés
 

Une Affaire de famille rondement menée  (Critiques) posté le vendredi 06 juin 2008 10:58

Un bien étrange film que cette Affaire de famille. Un film « simple », modeste avec une certaine apparence de téléfilm, mais qui pourtant contient des qualités qui manquent à plus de 90% de la production ciné française.

Car ce qui frappe avec cette Affaire de famille (et qui l'éloigne de tous les autres films français, qu'ils soient de genre ou non) c'est à quel point il parvient à toucher son but sans aucun problème, et cela étant fait il n'a aucun mal à finir, aucun mal à ne pas trop en faire, aucun mal à ne jamais faire étalage de son intrigue pourtant compliqué qu'il nous fait progressivement comprendre avec une efficacité déconcertante. Certains auraient essayés la frime, d'autre la sobriété faussement modeste, les auteurs de cette Affaire de famille ont tout simplement essayé de faire un bon film, et heureusement pour nous, ça se sent.

En apparence, un simple thriller franchouillard prêt à remplir un prime-time de France 3, un faux film de genre qui s'intéresserait plus à ses moments de comédie qu'aux passages obligés du thriller, passages que de toute façon il ridiculiserait dans le but de s'accorder la sympathie du public (et des critiques) pour qui le cinéma de genre est une affaire d'ado et pré-ado.

En réalité, un vrai film malin et prenant, honnête et modeste qui parvient l'exploit de ne jamais perdre son spectateur grâce à une narration précise et travaillée. Mais on le sait bien, la seule clarté d'une intrigue n'a jamais fait d'un film une réussite, et la vrai réussite ici revient dans l'habile manipulation du spectateur que les auteurs s'amusent à faire partir dans toutes les directions, tout en ne lui mentant jamais (ils sont beaucoup plus malin que ça puisqu'ils se contentent de jouer sur ce que l'on voit et ce que l'on ne voit pas, ce qui évite au passage d'être trop embrouillé), et ce qui réellement incroyable c'est la simplicité désarmante avec laquelle chaque élément, rebondissement ou révélation nous est donné, tout en ayant un véritable impact à la vision du film.

Malgré cela, le film souffre de quelques défauts, à commencer par l'aspect téléfilm qui ressort de sa photo assez plate, de sa direction artistique plutôt pauvre, de ses mouvements de caméra qui se contentent la plupart du temps de suivre les acteurs, ou encore de tout un tas de tics français assez énervant comme le fait de faire tourner la plupart des réunions de famille autour de la cuisine et de l'heure d'un repas. Certes, dans la réalité le repas est le moment de « réunion » et d' « échanges » par excellence, mais au cinéma ça commence à devenir lassant. Autre défaut, le personnage de la fille, une ado que les auteurs ne maîtrisent visiblement pas, puisqu'ils ont décidés de rester dans le cliché de la jeune fille un peu rebelle qui répond à ses parents, et s'il n'y avait pas une partie du film qui lui était consacré (permettant ainsi d'alléger le cliché), nul doute que cela n'aurait pas passé.

Mais n'ayez crainte, car tous ces défauts n'enlèvent rien ou pas grand chose au plaisir ressenti devant le film qui reste d'une maîtrise narrative assez exemplaire. Enfin, le film réussit à surprendre par rapport à ce qu'il promettait (dans le ton, les personnages, l'intrigue, etc.) tout en donnant exactement ce qu'il promettait (dans le ton, les personnages, l'intrigue, etc.), preuve de plus que la réussite n'est pas une question de genre ou de moyen, mais est avant tout une question de travail, de rigueur et d'intégrité artistique. Réjouissons-nous donc, car il existe encore en France des gens qui savent raconter des histoires, autant en profiter.

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Analyse 1001 pattes - la présentation de Flik  (Analyse séquence) posté le lundi 19 mai 2008 09:49

Pour beaucoup, la compréhension immédiate de chaque élément d'un film est une preuve de simplisme digne d'un enfant qui aime bien dessiner des bonshommes ronds ou carrés selon qu'ils sont gentils ou méchants.

Pour d'autres, c'est simplement du cinéma.


La dernière fois, nous avons vu comment la hiérarchie de la colonie était présentée : la colonie est vers la droite, et plus on est à droite plus on est hiérarchiquement haut placé.

Aujourd'hui, passons à la présentation de notre ami Flik, héros de cette histoire.


Pendant la conversation entre la Reine, Atta et Dot, un épis de je ne sais quoi tombe sur la princesse Atta, ce qui donne lieu au plan 38...

P38

...plan dans lequel Atta, écrasée au sol à droite, est rejointe par quatre autre fourmis qui forcément se dirigent toutes vers la droite du cadre, pendant que la Reine et Dot, encore plus à droite, regardent vers la gauche.

Outre son intérêt dans le montage que nous allons voir rapidement, ce plan montre une princesse Atta « assistée » (tout le monde se précipite vers elle au moindre pépin), assistée par tout le monde sauf...par la Reine, qui dans sa sagesse éternelle (et ses rhumatismes probables) sait que ce n'est pas en dorlotant Atta qu'elle deviendra une vraie (et bonne) reine.


Dans le montage, ce plan est immédiatement suivi par le plan d'introduction de Flik.

P39A


P39D

P39F

P39G


La première chose que l'on voit de Flik est son invention qui entre dans le champ par la droite. La caméra descend ensuite pour filmer la scie de son système, puis travelling vers la droite pour commencer de voir Flik, et on remonte pour montrer Flik, mais portant un masque donc pas encore totalement dévoilé.

Deux idées sont ici à retenir.

La première, c'est que Flik tourne littéralement le dos à la colonie puisqu'il est dirigé vers la gauche (la colonie est, nous l'avons vu, vers la droite). A la fin du plan 39, Flik est d'ailleurs complètement cadré bord cadre gauche, cadre peu équilibré et recommandé, et par conséquent forcément soigneusement choisi (la règle générale de composition étant de laisser un minimum d'espace libre devant le regard des gens). De plus, en le cadrant à gauche, cela permet d'avoir son invention en plein cadre...à droite, autrement dit : les inventions de Flik sont ce qui l'empêche – pour le moment – d'être parfaitement intégré à la colonie.

La deuxième idée, c'est que Flik est fort avec ses inventions (entrée de champ de sa tête par le haut, musique jazzy un peu cool, beaucoup de mouvement à l'écran, c'est la caméra qui vient chercher Flik et pas l'inverse), autrement dit : Flik est quelqu'un qui tire sa force (ou peut tirer sa force) de ses inventions. Le fait qu'il porte un masque cachant son visage (et donc sa personnalité) renforce cette idée de quelqu'un qui tire sa puissance de son intelligence (plutôt que de sa personnalité donc).


Les quelques plans suivants continuent d'appuyer l'idée de puissance de Flik.

P40

Plan large montrant Flik en position de force face à son environnement (l'épis sur sa machine créé une ligne horizontale en opposition aux lignes verticales des autres brindilles), le fait qu'il suis un plan plus serré met en avant l'énergie que dégage Flik. (notons aussi qu'une brindille d'herbe ferme le cadre à gauche pour renforcer l'idée que la colonie est un espace fermé sur lui-même)


P41A

P42A


P42B

P43A


L'enchaînement des plans 41, 42 et 43 montre Flik comme extrêmement efficace et parfaitement en phase avec sa machine. Ainsi la séparation des plans 41 et 43 (action de Flik) avec le plan 42 (action de la machine) montre Flik comme parfaitement à l'aise avec ce qu'il fait (il travaille quasiment en aveugle puisqu'il ne peut pas voir ce qui se passe directement derrière lui). Ensuite, son masque n'est pas cadré (à l'exception d'un bout pour le plan 41, probablement pour des raisons de compréhensions), ce qui lui donne un air sûr de lui et efficace. Enfin, le plan 42 est un plan lui-même “clair et efficace” (les grains sont enlevés de l'épis, les grains tombent => pano vers le bas, les grains tombent dans un récipient prévu à cet effet) qui montre toute l'efficacité de la machine.


Un détail à noter qui isole encore plus Flik de la colonie est son environnement, à savoir l'herbe. En effet, l'herbe est présentée au début comme le lieu de récolte, sans parole, « sauvage », reculé, et par une mise en scène souple et efficace (voir la première partie de l'analyse) on arrive de manière assez fluide à la colonie où les fourmis commencent enfin à parler (civilisation). Lorsque la Reine et Atta parlent, des enfants sortent du sol, ce qui nous donne la sensation qu'un monde existe sous la terre.


P31A

La suite logique serait donc d'aller présenter la colonie sous la terre, non ? Non ! Puisque cette empêcheur de tourner en rond qu'est Flik vient faire son intéressant en nous faisant revenir à l'herbe, comme s'il disait « ah non non, votre méthode de récolte n'est pas la bonne, revenez ! » alors que les autres fourmis semblent ne même pas connaître la notion de remise en question.


L'un des éléments qui sert à construire le personnage de Flik est le masque de protection qu'il porte, et dont nous pouvons résumer son utilisation très simplement : masque porté = Flik efficace, ingénieux ; masque pas porté = Flik le faiseur de trouble qui a du mal à s'intégrer dans la colonie.

Ainsi au début, Flik l'efficace et ingénieux porte un masque, il est fort, cool et dégage une certaine puissance.

P39G


Mais dès qu'il entend les autres de la colonie crier parce-que les épis qu'il jette tombent sur la princesse Atta, c'est-à-dire dès qu'il est rappelé à l'ordre par la colonie, que fait-il ?

P46F

Bingo, il enlève son masque qui nous révèle un Flik plus faible, moins sûr de lui, le Flik gaffeur emprisonné par la pression sociale exercée par la colonie qui, ne sachant pas reconnaître le génie (ou au moins l'ingéniosité) de ses inventions continue de ne le considérer que comme une espèce d'adolescent attardé qui gaspille son temps pour des bêtises (je vous laisse penser par vous-même quelle métaphore sur le rapport à la fiction se cache derrière ça).

 

P47B

D'ailleurs dans le plan qui suit (47 donc), les réalisateurs ont prit bien soin de soigneusement cadrer des brindilles d'herbe à gauche et à droite du cadre, donnant ainsi l'impression de regarder à travers les yeux d'un enfant un peu honteux caché dans un buisson. Ces deux brindilles servent aussi à signifier l'autorité de la colonie sur Flik pour accentuer le côté « rappel à l'ordre » de la situation (notez aussi que ce plan montre les gérants mais aussi les ouvriers, donnant l'idée que c'est bien toute la colonie qui reprend Flik et pas seulement les gérants).

P48A

Retour à Flik avec un plan large : cette fois Flik n'est plus en force avec la nature, il n'y a plus de brindille pour créer une ligne horizontale et le cadrage de profil (fort) laisse place à un cadrage de ¾ (plus faible).


A partir de là, Flik va entrer directement en contact avec les gérants de la colonie, mais ça, ça sera pour la prochaine fois.


A suivre...

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Teeth - ah ben non c'est pas bien...  posté le lundi 19 mai 2008 09:44

Même si les réactions engendrées par Teeth étaient pour la plupart déçues, une force irrésistible [la connerie ?] me poussait quand même à aller le voir avec la promesse d'un film sympathique, agréable à regarder et pas prise du tête (si j'étais fourbe je rajouterais « bref du cinéma indépendant américain » mais je ne le dirais pas).

Hélas j'aurais mieux fait d'écouter les avis négatifs, car Teeth n'est pas seulement une déception, pas seulement un film très moyen, pas seulement un ennui de plus au cinéma, c'est aussi et surtout un film qui prend le genre de haut et qui ne sait jamais quoi faire avec son sujet pourtant des plus aguicheurs. Tellement aguicheur et « fort » que le réalisateur ne sait visiblement pas quoi en faire, hésitant entre le ton premier degrés du film d'horreur et le second degrés post-scream pour rappeler au spectateur que « hé c'est pas pour de vrai, j'suis pas con quand même ».

De là découlent tous les problèmes du film : incapable de rendre son sujet crédible (le « truc » tient réellement de la farce), le film se suit comme une comédie légère teintée de touches gores burlesques, du coup quand il essaye de nous faire ressentir des choses un peu plus fortes à grands coups de relations familiales chocs, ça tombe lamentablement à plat.

Qui dit absence de sujet crédible dit absence d'identification quelconque aux personnages, à commencer par l'héroïne complètement transparente et qui semble nous rappeler à chaque image « regardez comment j'suis trop perturbée comme ado », ce qui ducoup pose un sérieux problème au film qui ne peut se regarder qu'avec une distantiation déscrutrice, chose d'autant plus dommage que le cinéma de genre offrait la possibilité d'une « plongée en enfer » dans le monde de ses protagonistes et des doutes qui les assaillent. Et si l'on voit à quelques reprises des débuts de pistes qui vont dans ce genre, c'est à chaque fois pour tomber dans la pantalonnade la plus conne. Et comble du comble, à force de rendre ridicule et simpliste les exécutions, l'épilogue perd de toute sa puissance comique pour ne devenir que platement prévisible, preuve de plus que le réalisateur ne savait pas pour quoi il s'embarquait quand il a fait son film.

Au delà de ça, le film est relativement pénible à regarder tant le mot d'odre semble être d'insuffler un non-rythme au film, non-rythme déjà présent dans le scénario d'une faiblesse narrative assez édifiante. Je renvoie à ce que j'ai dis plus haut sur le cinéma de genre : ici l'utilisation des codes du thriller ou du film policier aurait permi d'insuffler plus de rythme et de puissance (je reste toujours ahuri par la non-utilisation du gynécologue, personnage par excellence qui aurait pu constituer un « vrai » ennemi et donner un finale un peu plus prenant).

Bref, Teeth c'est pas seulement pas bien, c'est un gâchage en règle d'un sujet en or avec un ton méprisant, et ça c'est difficilement digéreable.

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Analyse 1001 pattes - la présentation de la colonie  (Analyse séquence) posté le mardi 25 mars 2008 09:07

J'avais commencé par envisager de faire une analyse de 1001 pattes « simple » et en un seul bloc, analyse qui se serait centrée sur quelque points précis du film et qui m'aurait permis de remettre ma machine neuronale en marche en vue – éventuellement - de continuer sur Die Hard (dont la suite de l'analyse devrait arriver lorsque Mars sera aligné avec Jupiter, mais c'est pas sûr). Mais comme les choses sont bien faites (enfin sauf si ce que vous attendez c'est Die Hard), il s'est trouvé que 1001 pattes est un film tellement bien que j'ai trop de choses à dire dessus. Incapable que je suis d'organiser tout ça pour un seul texte lisible – pardonnez mon incompétence – je me suis dis qu'une nouvelle série d'analyses venaient juste de commencer sur ce modeste blog. En avant donc pour du 1001 pattes, et aujourd'hui : la présentation de la colonie et de ses habitants.

 

Note : il est bien entendu indispensable d'avoir vu le film pour lire l'analyse (et indispensable tout court d'ailleurs).

Note 2 : le retour : ces incapables de Pixar ayant décidé de faire un film sur des fourmis, et en conséquence de souvent ne leur accorder qu'une place minime dans le cadre, j'ai parfois dû entourer à l'image la partie qui nous intéresse pour des raisons de lisibilité. D'avance je m'excuse pour cette gêne esthétique et espère que vous ne me brûlerez pas vif, du moins pas avant que j'ai fini.


Présentation de la colonie

Toute la première partie du film est consacrée à la présentation de la colonie et de ses habitants, son mode de fonctionnement et sa hiérarchie. Voyons comment cela nous est exposé :

P1O

Un ouvrier fourmi entre dans le champ par le bas en grimpant sur la plante...

P1Q

...puis il enlève la graine pour la lancer à des fourmis qui l'attendent au sol (hors-champ pour l'instant)...

P1S

...avant de continuer de grimper et de sortir du champ par le haut, exactement au même moment que la mise au point change pour se faire sur le deuxième niveau de profondeur de champ où l'on peut apercevoir de nombreuses fourmis grimper à leur tours sur les plantes et faire la même action que le premier ouvrier.


Cette première introduction au monde des fourmis nous a déjà appris une chose : seule, une fourmi ouvrière n'est rien (elle entre dans le champ par le bas, signe d'infériorité), et elle ne peut s'élever qu'à condition de compter sur les autres (le changement de mise au point montre ici un travail de groupe, ce qui permet à la première fourmis de sortir du champ par le haut, d'être plus forte).

P2C

Les ouvriers au sol attrapent les récoltes que leurs lancent les ouvriers cueilleurs. Ils se dirigent vers la droite.


P4G


P5A

La direction des fourmis aux plans 4 et 5 est incontestablement la droite, que ce soit pour aller déposer leur récolte ou pour repartir.

P6A

Ici encore, les fourmis se dirigent vers la droite du cadre. Notons la direction en diagonale qui, couplée à la direction vers la droite, forme la direction la plus facile dans un plan (nous sommes habitués à lire de gauche et à droite, et notre vision de la pesanteur nous fait penser que les choses tombent plutôt que s'élèvent).

P11C

P12B

Enfin, tous les plans mettant en scène les ouvriers les montrent dirigés et/ou se dirigeant vers la droite du cadre.

La direction vers la droite permet de clarifier les choses d'un point de vue géographique : à chaque fois que des personnages du film se dirigent vers la droite (du moins lorsqu'ils se trouvent dans une aire de voyage), c'est qu'ils vont vers la colonie, et inversement.

La droite est également la « bonne direction » de la colonie pour les ouvriers.


P14B

P14C

Alors que toute les fourmis ouvrières sont bloqués par une horrible feuille tombée pile poile sur leur chemin et que tout espoir semblait perdu, viennent à leur secours deux gaillards chevaliers. Bon en réalité il s'agit des deux premiers membres des gérants de la colonie que l'on voit. Ils entrent dans le champ par le haut, symbole de puissance et d'autorité.

Leur autorité étant établie, cela laisse libre cours aux réal' pour s'en servir afin de continuer d'installer les bases de la mise en scène du film.

P16C

P17A

P18C

Car où se place logiquement l' « autorité » pour parler aux ouvriers ? A droite, dirigée vers la gauche. Ainsi dans ces quelque plans, les réalisateurs ont donnés à cette place particulière la fonction « tête de la colonie », fonction que l'on retrouvera tout au long du film.

Mais que va-t-il donc bien se passer si cette autorité-là était confrontée à l' « autorité suprême » ? Si les réalisateurs se contentaient de passer directement à la Reine, en laissant cette « autorité mineure » à sa place dans le cadre, cela ne diminuerait-il pas l'autorité de la Reine ?

Donc, astuce scénaristique et mise en scénique :

P21A

L' « autorité mineure » laisse passer les ouvriers, se retrouvant donc...à gauche regardant à droite.

P21B

P22B

De cette façon, le côté mineur de cette « autorité » est parfaitement intégré par le spectateur qui verra désormais en eux des sortes de contremaîtres de la colonie, des gérants à la tâche administrative et logistique (le personnage de gauche est professeur et le personnage de droite docteur).

Maintenant que les autorités mineures sont présentées, passons aux autorités majeures...

P25A

P25D

P25F

P26


Le dialogue entre le professeur et le docteur qui clôt le plan 22 nous informe déjà de la nature des personnages dont la présentation suit (« oh yeah, Princess Atta, the poor dear... »), ce qui évite d'être trop lourd lors de leur présentation directe.

D'abord, la nature royale de ces deux personnages est donnée par le cadre lui-même, fermé en haut par la pierre et en bas par le sol. Cette fermeture du cadre symbolise la nature ferme de ces deux personnages (ou plutôt de la fonction de ces deux personnages). Ce cadre est renforcé par la présence de deux fourmis « ombrageuses » postées de part et d'autre du cadre (en outre, leur simple présence suffit à faire comprendre qu'il s'agit de personnages importants).

Ensuite, leur nature transparaît dans leur position géographique. Lorsqu'au plan 25F la princesse Atta désigne le « gap in the line » (« trou dans la queue »), la direction vers laquelle elle regarde et le fait que le contre-champ soit en plongée (P26), nous indique qu'elles se trouvent sur un endroit légèrement en hauteur par rapport au reste, leur donnant ainsi une place leader.

Enfin, le rapport entre ces deux personnages et leur nature plus personnelle est donné par leur position. Ainsi la princesse Atta, au premier plan, extrêmement nerveuse, est celle qui s'occupe de la situation en premier lieu, tandis que derrière (dans l'ombre...) la Reine veille à ce que tout se passe bien.


S'il n'y avait qu'une « règle » à retenir pour les directions concernant l'autorité de la colonie, c'est que ce sont toujours les plus puissants qui sont cadrés à droite regardant vers la gauche, disons...comme s'ils n'avaient pas le droit de regarder vers la gauche quelqu'un de plus puissant qu'eux ou vers la droite quelqu'un de moins puissant.

Ce principe de base est très utile pour comprendre le fonctionnement de certaines conversation, prenons un exemple avec celle comprenant la Reine, la princesse Atta et Dot (la petite soeur d'Atta qui n'est pas encore princesse).

P32F

P33B

Lorsque Dot tente péniblement de voler, elle se fait reprendre par sa mère (la Reine) qui lui fait la leçon (« What did I tell you about trying to fly ? »).

Si l'on prend le principe des directions comme grille de lecture, la hiérarchie est parfaitement respectée : la Reine toute à droite, à sa gauche la Princesse Atta, et les deux regardent vers la gauche la petite Dot.

Néanmoins cette hiérarchie semble changer lorsque Dot reprend du poil de la bête et remet en cause sa soeur (« It's not my fault if she's so stressed out ! »).

P35B

P35D

P36E

P37A

Ainsi Dot se déplace vers la droite (vers la Reine), ce qui permet d'avoir l'enchaînement des plans 36 et 37, où une nouvelle hiérarchie semble prendre forme.

Mais il ne s'agit pas tellement d'un jeu de pouvoir en tant que telle, mais plutôt d'une manière de renforcer le fait qu'Atta soit assez mal à l'aise avec ses nouvelles responsabilités. Ainsi lorsqu'elle se met à gronder Dot, on sent que c'est pour essayer de se donner l'autorité qu'elle a du mal à trouver en elle. Cette « intervention » lui vaudra une remarque désagréable de Dot (« You're not the queen yet, A-T-T-A ! ») qui, dans une certaine mesure, remet en cause son autorité.

Le champ/contre-champ que permet le déplacement de Dot illustre parfaitement l'idée qui sera plus tard exprimé clairement par Atta (« Nobody believes I can do this job – Personne ne croit que je peux être reine » lors d'une entrevue avec Flik vers 44min24sec), c'est-à-dire qu'elle a le sentiment que personne ne croit en elle. Le plan 37 la montre isolée au milieu du cadre au premier plan tandis qu'à l'arrière-plan passent les ouvriers avec la nourriture, c'est donc une certaine idée du pouvoir qui est représentée ici, une Atta qui devrait être puissante, qui devrait regarder vers la gauche...mais qui regarde vers la droite, tandis que les « autres » (symbolisés par Dot et la Reine) la regardent vers la gauche (si elles lui faisaient confiance, elles devraient la regarder vers la droite).


Maintenant que la présentation de la colonie est faite, c'est au tour de Flik d'arriver. Mais ça, c'est pour la prochaine fois.


A suivre...

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Le nouveau protocole...nouveau ? vraiment ?  (Critiques) posté le mardi 25 mars 2008 09:00

Si je vous disais que j'attendais ce film avec impatience, je serais en train de faire un gros mensonge. Il faut bien avouer qu'à force d'être déçu par la plupart des promesses de film de genre français populaires et ambitieux, on apprend rapidement à se méfier du premier gars qui passe par là et qui prétend, au choix, « renouer avec le cinéma d'antan », « réconcilier le cinéma engagé avec le cinéma populaire » ou « réhabituer le public à voir autre chose que la comédie du dernier comique télé qui passe par là ». Quid de ce Nouveau protocole donc ? Ben devinez tiens...

Ce qui est agaçant c'est qu'on retrouve toujours le même schéma. C'est-à-dire une tentative « noble », de bonnes intentions, une réelle volonté de remplir le cahier des charges du genre, des acteurs impliqués, un budget qui visiblement n'a pas handicapé le film, des cascades qui ont de la gueule, une unhappy-end de rigueur... Et puis tout ce qu'on réussit à récolter ce sont quelques moments où la mise en scène réussit parfaitement à s'accorder au jeu de Clovis « hé y a encore trop de films sans moi ! » Cornillac, quelques plans lors des séquences dites « d'action » qui réussissent à faire naître un semblant de tension, quelques bonnes idées dans les séquences de poursuite, une intro et une fin qui ont le mérite de ressembler à quelque chose, quelques notes de musique qui valent le détour...et c'est tout. Pour le reste on se tape des discussions interminables, des sur-jeux insupportables, des pseudo-scènes engagées, et forcément – pour faire bon genre – des scènes « intimistes » (comprendre : il se passe rien, la caméra fait moins que le minimum, et nous on s'ennuie).

Je ne vous apprend rien si je vous dis que l'écriture est complètement à la ramasse, sans rythme, sans structure, sans efficacité, les scénaristes ont même été jusqu'à montrer le fils mort en essayant de créer de l'empathie pour Clovis Cornillac (le père donc)...sans qu'on n'ait jamais vu le fils vivant ! Je suis pas un scénariste professionnel et j'ai jamais réalisé de long-métrage, mais que quelqu'un m'explique ! Comment peut-on en arriver à un tel point de bâclage qu'on en vient à se foutre aussi royalement de l'impact du film sur le spectateur ?

Enfin bref, tout ça pour dire que Le nouveau protocole, j'ai déjà oublié de quoi ça parlait.

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