Résumé des épisodes précédents : James Stewart a attaqué Dave contre qui il s'est battu avant de le plonger dans un abreuvoir à chevaux (ou partie 1/3 et partie 2/3)
Après avoir plongé Dave dans l'abreuvoir, Stewart tente de reprendre son souffle au premier plan, tandis qu'à l'arrière plan arrive Vic qui fonce vers Stewart.
Stewart est épuisé, plié en deux et par conséquent son visage est caché, premier signe de la bestialité dans laquelle sont plongés tous ceux qui s'adonnent à la violence et à la vengeance (qui est le thème central du film).
Néanmoins ce « recueillement » est filmé dans un plan plus large que ceux le précédant ou le suivant (et qui sont des plans de bagarre donc), pour, par un effet de contraste, mettre en avant le calme venant de l'arrêt de la violence. A noter que le plan est en contre-plongé et donne une certaine part au ciel, lieu de calme par excellence.

Vic arrive vers Stewart et le prend par le col pour l'empêcher de continuer. Raccord mouvement vers un plan plus serré, emprisonnant Stewart dans une spirale de violence dont il voudrait bien s'échapper...

...mais à laquelle il revient toujours.

Stewart se jette ensuite sur Vic qui est tombé à terre, et les deux passent sous un cheval, signe du seuil de bestialité qu'ils franchissent tous les deux en se battant.

Commence alors le deuxième combat de la séquence, et contrairement au premier, le réalisateur a choisi de s'attacher au chaos qui s'en dégage, ce qui n'est pas tâche aisée.
N'importe quel réalisateur le dira, représenter le chaos d'un combat (ou de n'importe quoi d'autre) tout en évitant de perdre le spectateur (puisque le chaos est par essence...euh...chaotique donc) est l'une des choses les plus difficiles à faire.
Ici, Anthony Mann a choisit de filmer le combat comme étant directement chaotique, ce qui posait bien évidemment des problèmes pour ne pas perdre le public. Pour éviter ce fâcheux problème, il a eu recours à une astuce aussi bien en terme de mise en scène que de scénario : le changement de point(s) de vue(s).
Le premier changement intervient rapidement, avec les cow-boy qui reculent précipitamment leurs chevaux pour éviter que Stewart et Vic ne se fassent écraser par eux (ce qui serait ballot puisque le film s'arrêterait là). Ce plan filmé en légère contre-plongée et à hauteur des cow-boy (et non plus sur le sol comme pour Stewart et Vic) permet de changer une première fois de point de vue.

Le deuxième changement se fait avec Dave qui est sorti de son abreuvoir et qui n'a pas l'air content, ajoutant au combat l'idée d'une menace supplémentaire histoire d'ajouter un peu de tension.

Mais alors que ce pauvre Dave sort son pistolet avec une idée de fourbe en tête (dans lequel il est probablement question de tirer un coup de feu sur quelqu'un mais ne m'en demandez pas plus), voilà qu'il se fait tirer dessus (note : remarquez le nuage de l'impact à droite de Dave)

Panoramique vers la gauche pour découvrir une femme d'un âge certain (répondant au doux nom de Kate) et tenant Dave en respect, lui interdisant d'agir de quelque façon que ce soit. Premier allié de poids pour Stewart donc.


Quatrième point de vue supplémentaire : Barbara (qui dans une scène précédente a eu l'air de bien apprécier notre ami Stewart malgré son âge avancé (quand je pense que je suis toujours célibataire, ah non mais je vous jure...).

Enfin cinquième et dernier point de vue : l'indien dont le côté menaçant a jusque là été donné entièrement par la mise en scène, précisons-le, et qui, en fourbe qu'il est, sort ici de derrière un pilier en attente de faire un mauvais coup.

Pendant le combat, on retrouvera Kate et Dave visiblement ayant des problèmes intestinaux (ou mentalement impliqués dans le combat, c'est selon).


à noter aussi que le fait de montrer Kate et Dave regardant le combat le visage déformé par une grimace haineuse permet au spectateur de se rendre compte de ses propres émotions lorsqu'il encourageait intérieurement le personnage de Stewart à gagner le combat précédent
Mais pourquoi ces changements de points de vues me direz-vous ? Eh bien parce-qu'en faisant cela, Anthony Mann se laisse toute latitude pour rendre le combat complètement chaotique, sans se soucier un seul instant de sa compréhension par le spectateur puisque l'avancée narrative est procurée par les changements de points de vues, eux-mêmes (et c'est là l'intérêt scénaristique) faisant le point sur qui est avec qui (tout en présentant Kate en position de force, chose indispensable à son personnage). []
Ainsi, Anthony Mann peut à loisir :
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faire passer des animaux devant la caméra




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les filmer en plans rapprochés assez peu intéressants dramatiquement



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ou les faire disparaître dans des nuages de poussière






Voilà comment en une séquence (enfin un peu moins étant donné que ça continue après) Anthony Mann filme la transformation de son personnage principal en héros, fait le point sur les alliances entre les personnages et sert la thématique de son film uniquement par la mise en scène, et le tout d'une manière absolument invisible puisque si la séquence fonctionne le spectateur ne voit en elle qu'une scène à haut enjeu dramatique (ce qu'elle est aussi).