Ah on l'aura attendu ce 30 jours de nuit ! Adaptation du comic-book du même nom, deuxième film de David Slade (après son sympathique mais imparfait Hard Candy) le tout sous la houlette de Sam Raimi producteur. On nous promettait un film gore et viscéral qui revisitait le mythe des vampires en se servant d'un postulat de base des plus alléchant : l'invasion d'une petite ville en Alaska pendant une période de 30 jours où le jour ne se lève jamais (ouais mais c'est pas des jours alors...ah on me souffle qu'il y a un jeu de mot, au temps pour moi). Bref, tout pour exciter n'importe quel fan de film d'horreur. Et malheureusement, la déception est au rendez-vous.
Pourtant ça commençait bien avec de magnifiques plans qui nous faisaient ressentir tout l'isolement de la ville tout en installant une ambiance étrange et inquiétante, presque onirique avec notamment le « bateau fantôme » dont la seule vision marque durablement la rétine (quand bien même il n'est jamais utilisé et qu'à la fin on ne peut que supposer à quoi il servait). Bref, dés le début l'ambiance est admirablement posée, dommage que ça soit l'une des rares réussites du film...
L'introduction qui nous présente les différents personnages avec les différents éléments du film sent bon la grosse ficelle (« oh, un broyeur...mais à quoi va-t-il servir ? »), d'autant que la totalité des informations sur les personnages passe uniquement par les dialogues. On repassera donc pour l'approche viscérale...
Si David Slade sait parfaitement soigner ses cadres et donner ainsi au film un aspect comic-book des plus appréciable (c'est toujours agréable de regarder un film esthétiquement joli), il est en revanche incapable de filmer la moindre scène d'action et de suspense, se contentant de brusques entrées de champ appuyées par un bon gros soundtrack des familles. Si la première fois que l'on a droit à cet effet on reste indulgent (après tout Carpenter l'a bien utilisé une fois sur The Thing...), ça commence sérieusement à devenir énervant les 287 fois suivantes (bon j'exagère, mais à peine). Incapable aussi de créer un espace, ce qui est somme toute assez dommageable dans un film qui a l'ambition de jouer autant avec son décor principal (la ville donc), vu que jamais on ne sait quoi que ce soit sur la position géographique des personnages, donc adieu implication active du spectateur et bonjour visionnage passif en attente de moments un peu nerveux. D'ailleurs cette absence de création d'espace va jusque dans les scènes d'action même, puisque David Slade a filmé 30 jours de nuit quasiment exclusivement en gros plans et longues focales, ducoup un truc tout bête comme un vampire qui court vers un humain est tout simplement incompréhensible, laissant la tension aux vestiaires pour se contenter d'un « suspense » ostentatoire (« regardez cette scène, y a de la tension alors soyez tendu ! »). C'est d'autant plus dommage que les quelque plans larges (presque tous dans les premières minutes du film d'ailleurs) sont réellement réussis et parviennent sans problème à happer le spectateur dans l'univers de la ville la plus au Nord de l'Alaska. Et si on peut supposer sans mal que Slade a voulu avec ces gros plans et sa longue focale instaurer une ambiance oppressante qui retranscrive la petitesse des possibilités des protagonistes, force est de constater que ça marche pas (sauf dans les plans larges donc, ah non mais je vous jure...).
Autre défaut, d'ordre scénaristique cette fois, la multiplicité des points de vue qui annihile absolument toute possibilité de faire ressentir au spectateur l'isolement des protagonistes. Ainsi un truc tout bête comme le fait de savoir avant le personnage principal que tel autre personnage n'est pas mort comme on le croyait mais s'est juste déplacé, empêche de ressentir la moindre émotion lors de leurs retrouvailles et même, les anticipe carrément (c'est ballot hein ? moi je trouve ça ballot). Le rythme du film qu'on devine voulu « calme et contemplatif pour appuyer les moments horrifiques et en même temps retranscrire l'état psychologique des personnages » n'est au final que mou, jusque dans son final où jamais un pet de tension ne verra le jour (« ah, ok », voilà à peu de choses près ce que je me suis dis à la résolution du film). Un petit mot aussi sur les personnages, dont le manque cruel d'épaisseur psychologique empêche toute implication du spectateur.
On se contente donc de regarder la sophistication visuelle du film avec ses cadres soignés, sa très jolie photo, sa production design somme toute assez réussie, ses vampires au look intéressant (mais juste intéressants, genre « oh c'est intéressant ça », ou bien « j'aurais jamais pensé à en faire des rock-star au style gothique, c'est intéressant »), et ses acteurs aux visages assez bien trouvés achevant de donner à 30 jours de nuit une certaine cohérence visuelle, mais pour le film qui devait redonner un coup de fouet au cinéma d'horreur, c'est quand même bien maigre...
emule
jeu 08 jan 2009 22:17