Accueil Date de création : 28/10/07 Dernière mise à jour : 11/02/09 17:42 / 34 articles publiés

Hitman de Xavier Gens  (Critiques) posté le jeudi 03 janvier 2008 17:34

adaptation jeu video, code 47, hitman, nicolas de toth, skip woods, timothy olyphant, xavier gens

Le personnage principal des jeux vidéo Hitman est sans doute l’une des figures les plus puissantes et les plus importantes du monde vidéoludique actuel. L’adapter au cinéma représentait une gageure de taille : comment retranscrire sa puissance évocatrice tout en évitant l’écueil de la simple pub à sa gloire ? Comment traduire son ambiguïté, sa froideur, sa méticulosité et son efficacité tout en en faisant un personnage humain auquel le public pourrait s’identifier ? La tâche ne semblait pas gagnée d’avance tant le personnage est anti-cinématographique (en tout cas pas comme personnage principal), mais malgré tout des « solutions » existent : voir l’histoire du point de vue d’un autre personnage que Code 47 pour pouvoir conserver son « aura mystique », ou bien – à l’image du récent Beowulf – mettre à mal le mythe avant de le faire s’envoler à la fin et rentrer dans la « légende ».

            De plus, le personnage de Code 47 présentait des questionnements assez intéressants sur la notion de bien et de mal, de justice et d’injustice, d’humanité et d’inhumanité… Allait-on retrouver tout ça dans la nouvelle production Fox/Europa ? Ou bien allaient-ils – comme d’habitude, et cette remarque ne vaut pas que pour eux – ne retenir de l’inspiration de base que le simple concept (un chauve en costard élevé pour devenir un surhomme qui tue des gens sur des airs d’opéra) ?

            La réponse est bien entendue la plus redoutée. Limité à son simple concept par un scénario débilisant qui se contente d’enchaîner des séquences d’action sans aucun souci de logique, le film fait l’exploit de vider de toute substance son personnage principal (ce qui était quand même pas évident à faire…). Ainsi dans le film, Code 47 boit du whisky avec beaucoup de glaçons, utilise à outrance les explosifs (quasiment absent des jeux, et pour cause, c’est pas ce qu’il y a de plus discret), transforme ses contrats en boucheries, se bat avec des couteaux « pour mourir avec dignité » (sic), épargne une fille « parce-qu’en un regard j’ai vu qu’elle n’y était pour rien » (re-sic) et vient même filer un petit coup de main au pauvre policier de Interpol qui comme le spectateur, fait semblant de comprendre ce qui se passe.
 

            Ce démolissage en masse d’une licence pourtant excellente (enfin…qui l’était) n’est d’ailleurs pas le premier à être causé par la Fox. Daredevil, Elektra, Alien, Predator, Les quatre fantastiques, Die Hard, maintenant Hitman et bientôt Dragon Ball… autant de ratages complets imputables au studio : scénarios bâclés ou charcutés, casting de série télé, budget réduits, délais ridicules, tournages expédiés…

            Le pire dans tout ça, c’est qu’il est très difficile (voire impossible) de désigner explicitement les responsables. La réalisation n’est clairement pas à la hauteur, mais comme le montage a été « revu et corrigé » par cet espèce d’Akiva Goldsman du montage, à savoir Nicolas de Toth (qui a fait le même boulot sur Die Hard 4, et s’est également occupé de chefs d’œuvres comme Underworld 2, Bleu d’enfer ou encore Le pacte du Sang), difficile de juger des capacités de Xavier Gens, d’autant que quelques séquences présentent un certain nombre de qualités, dommage qu’elles soient noyés sous un rythme qu’on devine voulu soutenu mais qui n’est au final que vain tant il ne s’arrête jamais.

            La photo possède une certaine classe, la musique (très inspirée du travail de Powell sur la trilogie Jason Bourne avec laquelle Hitman possède d’ailleurs un certain nombre de similitudes) donne un certain rythme à l’ensemble…tout en fichant par terre toute tentative d’instaurer une ambiance un peu lourde, plus propice au ton du film…

            La relation entre la prostituée et Code 47 est – en l’état – complètement inintéressante tant elle passe par des clichés éculés (en gros la pauvre et innocente prostituée va trouver la salvation avec Code 47 tandis qu’en s’occupant d’elle, il trouvera son humanité…adaptation de Hitman vous avez dit ?), mais je retiens quand même UN élément qui aurait pu mérité d’être un peu plus développé et/ou exploité : le passé meurtri qui les a conduit à perdre toute confiance en l’humanité. Il aurait été intéressant (et logique vu les jeux vidéo où la plupart des méchants sont « chaleureux » et bons vivants, et où les gentils sont froids, communiquent uniquement par système sophistiqués quand ils ne se font pas moines…) de développer ce rapport, plutôt que de se contenter de cet espèce de happy-end mielleux d’une inutilité débordante prévu pour « faire ressortir le spectateur avec le sourire ».

 

Bref, Hitman au cinéma c’est tout simplement une catastrophe, une trahison complète de l’œuvre originale pour n’en garder que le concept et en faire un actionner bourrin même pas potable. Il ne reste plus qu’à espérer l’hypothétique sortie d’une director’s cut qui pourrait (peut-être) remettre les pendules à l’heure…

Partager

Déposez un commentaire !

(facultatif)

(facultatif)

error

Attention, les propos injurieux, racistes, etc. sont interdits sur ce site.
Si une personne porte plainte, nous utiliserons votre adresse internet (38.107.191.113) pour vous identifier.     

Tous les commentaires de l'article:
Hitman de Xavier Gens

  • David mailto

    lun 17 mar 2008 11:01

    C'est clair, surtout que les studios n'y sont certainement pour rien dans la direction d'acteur, car aucune des interpretations n'est credible.

  • Janto

    lun 21 jan 2008 09:06

    Effectivement on pourrait avoir peur pour Gens mais il faut bien se rappeler qu'Hitman est avant tout une commande sur laaquelle Gens n'avait quasiment aucun contrôle, à commencer par le scénario. Il a juste été embauché pour s'occuper du tournage, rien d'autre, donc comme l'a dit Dahan dans Opé frisson, la seule "patte" de Gens visible dans le film est dans le choix des cadres et des travelling, mais même là ça a été "corrompu" par un reshooting après vision du premier montage par la Fox.

    Pour Alien 3 et Le treizième guerrier, c'est uniquement sur le montage final que McT et Fincher n'ont pas eu de contrôle, parce-que pour le reste ils avaient bossés sur le scénario, sur les thèmes qu'ils voulaient insuffler au film, sur le casting, les décors, la photo, le son...

    Après que Gens n'ait pas le talent de Fincher et McT est une évidence (enfin...il ne l'a pas encore, et puis le premier film de McT c'était Nomads hein...), mais tout ce que j'ai entendu sur Frontières en parlent comme d'un petit film honnète et efficace, qui laisse présager de quelque chose de bon pour l'avenir du bonhomme.

    Mais tu as raison, on verra le 21, d'ici là wait and see...

  • L'empaleur mailto

    ven 18 jan 2008 00:16

    Pas que je veuille plomber la réputation de Gens avant la sortie de Frontières, mais ce Hitman fait quand même très peur. D'autres réals ont connu de très grandes difficultés durant la production de leur film et malgré tout, le résultat final laissait entrevoir la marque d'un vrai savoir faire si ce n'est carrément du génie ( Alien 3, le Treizième Guerrier ).
    Là, perso, j'y ai vu nibe. Je précise que je ne suis pas une grosse pucelle et que j'étais informé des aléas du film. J'espèrais uniquement apercevoir, au détour d'un plan, un motif d'espoir dans les capacités du niçois... et donc c'est ça l'espoir du film de genre en France ?
    Comme je suis un gros aigri du net, j'espère me planter et que les pendules seront remises à l'heure le 23/01.
    Bref, j'éspère