Le personnage principal des jeux vidéo Hitman est sans doute l’une des figures les plus puissantes et les plus importantes du monde vidéoludique actuel. L’adapter au cinéma représentait une gageure de taille : comment retranscrire sa puissance évocatrice tout en évitant l’écueil de la simple pub à sa gloire ? Comment traduire son ambiguïté, sa froideur, sa méticulosité et son efficacité tout en en faisant un personnage humain auquel le public pourrait s’identifier ? La tâche ne semblait pas gagnée d’avance tant le personnage est anti-cinématographique (en tout cas pas comme personnage principal), mais malgré tout des « solutions » existent : voir l’histoire du point de vue d’un autre personnage que Code 47 pour pouvoir conserver son « aura mystique », ou bien – à l’image du récent Beowulf – mettre à mal le mythe avant de le faire s’envoler à la fin et rentrer dans la « légende ».
De plus, le personnage de Code 47 présentait des questionnements assez intéressants sur la notion de bien et de mal, de justice et d’injustice, d’humanité et d’inhumanité… Allait-on retrouver tout ça dans la nouvelle production Fox/Europa ? Ou bien allaient-ils – comme d’habitude, et cette remarque ne vaut pas que pour eux – ne retenir de l’inspiration de base que le simple concept (un chauve en costard élevé pour devenir un surhomme qui tue des gens sur des airs d’opéra) ?
La réponse est bien entendue la plus redoutée.
Limité à son simple concept par un scénario
débilisant qui se contente d’enchaîner des
séquences d’action sans aucun souci de logique, le
film fait l’exploit de vider de toute substance son
personnage principal (ce qui était quand même pas
évident à faire…). Ainsi dans le film, Code 47
boit du whisky avec beaucoup de glaçons, utilise à
outrance les explosifs (quasiment absent des jeux, et pour cause,
c’est pas ce qu’il y a de plus discret), transforme ses
contrats en boucheries, se bat avec des couteaux « pour
mourir avec dignité » (sic), épargne une
fille « parce-qu’en un regard j’ai vu
qu’elle n’y était pour rien »
(re-sic) et vient même filer un petit coup de main au pauvre
policier de Interpol qui comme le spectateur, fait semblant de
comprendre ce qui se passe.
Ce démolissage en masse d’une licence pourtant excellente (enfin…qui l’était) n’est d’ailleurs pas le premier à être causé par la Fox. Daredevil, Elektra, Alien, Predator, Les quatre fantastiques, Die Hard, maintenant Hitman et bientôt Dragon Ball… autant de ratages complets imputables au studio : scénarios bâclés ou charcutés, casting de série télé, budget réduits, délais ridicules, tournages expédiés…
Le pire dans tout ça, c’est qu’il est très difficile (voire impossible) de désigner explicitement les responsables. La réalisation n’est clairement pas à la hauteur, mais comme le montage a été « revu et corrigé » par cet espèce d’Akiva Goldsman du montage, à savoir Nicolas de Toth (qui a fait le même boulot sur Die Hard 4, et s’est également occupé de chefs d’œuvres comme Underworld 2, Bleu d’enfer ou encore Le pacte du Sang), difficile de juger des capacités de Xavier Gens, d’autant que quelques séquences présentent un certain nombre de qualités, dommage qu’elles soient noyés sous un rythme qu’on devine voulu soutenu mais qui n’est au final que vain tant il ne s’arrête jamais.
La photo possède une certaine classe, la musique (très inspirée du travail de Powell sur la trilogie Jason Bourne avec laquelle Hitman possède d’ailleurs un certain nombre de similitudes) donne un certain rythme à l’ensemble…tout en fichant par terre toute tentative d’instaurer une ambiance un peu lourde, plus propice au ton du film…
La relation entre la prostituée et Code 47 est – en l’état – complètement inintéressante tant elle passe par des clichés éculés (en gros la pauvre et innocente prostituée va trouver la salvation avec Code 47 tandis qu’en s’occupant d’elle, il trouvera son humanité…adaptation de Hitman vous avez dit ?), mais je retiens quand même UN élément qui aurait pu mérité d’être un peu plus développé et/ou exploité : le passé meurtri qui les a conduit à perdre toute confiance en l’humanité. Il aurait été intéressant (et logique vu les jeux vidéo où la plupart des méchants sont « chaleureux » et bons vivants, et où les gentils sont froids, communiquent uniquement par système sophistiqués quand ils ne se font pas moines…) de développer ce rapport, plutôt que de se contenter de cet espèce de happy-end mielleux d’une inutilité débordante prévu pour « faire ressortir le spectateur avec le sourire ».
Bref, Hitman au cinéma c’est tout simplement une catastrophe, une trahison complète de l’œuvre originale pour n’en garder que le concept et en faire un actionner bourrin même pas potable. Il ne reste plus qu’à espérer l’hypothétique sortie d’une director’s cut qui pourrait (peut-être) remettre les pendules à l’heure…

David
lun 17 mar 2008 11:01