Par pur chauvinisme (ou par naïveté débile, c'est selon) je m'efforce d'aller encourager en salle chaque tentative cinématographique française qui sorte un peu des sentiers battus et qui s'efforce de proposer un vrai cinéma de genre populaire (ou pas d'ailleurs) dans un pays qui en a bien besoin. Mais après les purges infâmes que représentent Chrysalis et Les deux mondes (j'ai baissé les bras pour La chambre des morts), j'ai longuement hésité pour ce Big City dont le concept de départ semblait friser la crétinerie totale (un western avec des gamins, le kiff !), et qui plus est nouvelle production Gaumont (déjà derrière les deux ratages précités). Finalement c'est la sympathie que j'éprouve à l'égard de Bensalah (suite à son Raid raté mais néanmoins sympathique et faisant preuve d'un véritable savoir-faire) qui m'a poussé à lui donner à nouveau sa chance, et finalement...ben c'est pas si mal en fait, voire pas mal du tout !
S'attaquer au genre le plus codé qui soit en le transformant en un divertissement pour toute la famille, tout en conservant un propos un tant soit peu intéressant et en évitant une niaiserie crétine, voilà qui n'était pas gagné d'avance, surtout au vu de son concept : faire un western « normal » [tel que la plupart des gens le voient, c'est-à-dire en enchaînant tous les clichés du monde] mais avec des enfants à la place des adultes (une vague intrigue est tout de même emballée à la va-vite pour justifier cette situation), et force est d'avouer que le film s'en sort plutôt bien, puisque plutôt d'enchaîner des séquences « westernesques » [telles que la plupart des gens les voient], les scénaristes ont élaborés une véritable intrigue somme toute assez bien ficelée et efficace, donnant au film une efficacité narrative bien appréciable, surtout au regard du grand nombre de personnages dont un paquet ont une importance sinon égale du moins semblable. La force de cette intrigue est de réussir à intégrer tout un tas d'éléments « de propos » (le racisme c'est pas bien, les noirs sont aussi des humains, les chinois sont nos amis, la guerre c'est sale, les prostituées ont un coeur d'ange, les indiens peuvent se marier avec des blanches, y a pas que l'argent dans la vie, l'alcool détruit le cerveau, laissez les enfants être des enfants, etc.) à son intrigue (comme je subodore que les parenthèses vous ont fait perdre le fil, je recommence : ) la force de cette intrigue est de réussir à intégrer tout un tas d'éléments « de propos » à son intrigue (par exemple le méchant se sert du racisme et des préjugés pour avoir son argent, il manipule quelqu'un avec de l'alcool, ce quelqu'un buvant pour oublier la guerre, la prostituée...non rien en fait, la prostituée elle sert à rien, enfin sauf donner des scènes assez mimi tout plein, de la gaieté dans une intrigue finalement assez sombre en somme, prouvant le souci qu'ont les scénaristes de leurs spectateurs), les personnages servent l'intrigue et sont servis par elle, et sont convaincants...un peu. Un peu parce-que Bensalah a eu le bon goût de faire jouer les enfants comme des enfants, ce qui constitue à la fois le point fort et le point faible du film. Le point fort parce-que ça donne à chaque action « adult like » une qualité de miroir assez déstabilisante dans ses entraves à la morale actuelle (ce qui est aussi un peu le principe du film, vu que ça marche c'est déjà pas mal), et la plus grosse faiblesse parce-que ça donne un peu l'impression de regarder une pièce de théâtre de primaire, avec des gamins qui passent leur temps à réciter des dialogues mal écrits (d'où crédibilité réduite, d'où implication émotionnelle réduite, d'où plaisir de visionnement réduit).
On peut aussi se demander ce qu'aurait donné le film en moins bavard et en version adulte (surtout pour le personnage de la prostituée qui aurait été euh...non rien), même si pour le coup il aurait perdu de sa bonne humeur et de sa qualité de miroir (et accessoirement de « je suis tout public dans mon concept alors emmenez toute la famille »), on peut se demander si ça aurait pas été mieux avec des acteurs plus en retraits et moins de dialogue, une prostituée en plus, une ligne narrative qui ne s'arrête pas une demie-heure avant la fin, des regards et des émotions en lieu et place de longs et chiants discours, une prostituée mise en avant, moins de gros plans systématiques (même si globalement Bensalah a fait du vrai bon boulot en terme de réal'), et puis...euh non rien.
Donc voilà, Big City, ça aurait pu être mieux, mais en l'état c'est déjà pas mal, ça en donne pour son argent en terme de spectacle, le budget est à l'écran, c'est pas con, pas niais, pas débilement gentil, et on en ressort quand même avec le sourire (mais la prosti...euh non rien).