99 F est présenté comme un pamphlet contre le monde de la pub, un film subversif, provocateur et courageux, là où il n'est que vain, gratuit et par dessus tout - et paradaxolament - lâche. Ainsi plutôt que de prendre le parti de dépeindre un monde schizophrène, où le talent créatif de quelques un se voit perverti par des impératifs commerciaux écrasants, Jan Kounen se contente de filmer un monde directement mysogine et raciste, où la créativité est ouvertement bridée, et ce à travers de blagues dont le niveau de dépasse jamais le niveau des pubs elles-même.
Cette façon faussement subversive de dépeindre ce monde de la pub est surtout la manière la plus facile qui soit d'obtenir l'adhésion d'un spectateur enfoncé dans ses réflexes de beaufs, critiquant en surface des clichés télévisuels éculés mais sans jamais en remettre réellement en question le fonctionnement profond, sans jamais nuancer ne serait-ce qu'un seul instant un propos résolument unidirectionnel, à tel point que le film finit par n'être que vain, puisque ne proposant rien de plus que ce que n'importe quel blaireau dégénéré a pu penser devant les pubs Kinder et Special K.
Pour cacher cet absence absolue de fond et de réflexion un tantinet intéressante, Kounen multiplie les effets visuels gratuits censés représenter l'état mental de son héros bousillé par une société dominé par l'imagerie publicitaire. Problème, si cette intention est déjà un tantinet louable, elle a pour effet de donner l'impression de regarder les clips de MTV complètement bourré, ce qui n'est rien d'autre que profondément ennuyeux.
N'exagérons rien, le film n'est pas qu'une succession de moments de délire sous influence, et possède une bonne partie de passages de comédie, passages incroyablement chiants dans la mesure où, ne sachant pas les filmer, Kounen en revient à refuser toute mise en scène pour filmer plan-plan des échanges supposés intéressants.
Kounen qui confond "mise en scène" avec "effet" essaye tant bien que mal d'anihiler la conscience du spectateur sous l'inventivité de certaines idées, mais ne cachant nulement leur vide émotionel. Et quand vient l'heure de filmer calmement des échanges normaux, Kounen fait ce qu'il peut pour soigner son cadre, mais en oublie que la beauté des plans ne remplacera jamais leur impact, et dès lors le film s'apparente à un fond d'écran qui, à l'image de la pub qu'il attaque tant, cache un vide abyssale sous une certaine sophistication technique.
Cela dit il y a au moins un aspect pour lequel 99 francs se doit d'exister, un aspect qui me fait dire "ça n'aura pas été vain", un aspect qui m'a donné envie d'aller voir le film malgré mes mauvais pressentiments : 99 francs est un vrai film. "vrai" non pas ici dans le sens du résultat - auquel je n'ai pas du tout accroché - mais comme projet, puisqu'il s'agit d'abord d'Alain Goldman - producteur - ayant envie de lancer l'adaptation d'un livre dont il croit au potentiel cinématographique (ouais je sais ça pète comme adjectif), de plusieurs réalisateurs qui ont essayé de l'adapter avant que le projet ne tombe entre les mains de Jan Kounen, et d'un acteur (Jean Dujardin dont je pense le plus grand bien) réellement investi dans le projet et dans son rôle.
Si d'un côté le succès du film m'attriste un peu (surtout vu le non-succès de L'ennemi intime, lui vrai film de cinéma réellement mis en scène et dont je publierais la critique plus tard), il montre néanmoins que les français commencent à ne plus regarder avec un regard suspicieux les films compatriotes ouvertement mis en scène et travaillé. C'est déjà ça !
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dim 22 fév 2009 08:39