Il y a déjà quelque temps de cela, je me trouvais au dernier étage de la BU de mon UMPF d'université, le nez collé à un énorme bouquin consacré à l'art de la renaissance. Sentant que toute énergie était en train de partir, que mes yeux allaient finir par lâcher (ce qui aurait tâché le coûteux livre) et que 16h était à moins de 20min de temps, je pris mon courage à deux mains et entreprit dans une course contre la montre insensée de me rendre au multiplexe le plus proche afin d'y voir le film le plus facilement prenant que je pourrais trouver.
Arrivé dans le dit lieu, mes yeux trouvent sur le tableau lumineux le titre que vous savez, et ni une ni deux j'arrive dans la salle qui, pour mon plus grand plaisir, est absolument vide de tout marmot insupportable, et n'a pour seuls occupants qu'un couple de japonais qui semblent avoir eu la même démarche que moi.
Commence alors le film, qui s'il ne va rien révolutionner ni même marquer, est en tout cas éminemment sympathique, et surtout bourré de caféine jusqu'à la moelle, puisque souffrant du syndrome de la plupart des films d'animation du moment, à savoir de vouloir en foutre plein la gueule à tout le monde, de multiplier jusqu'à l'excès des rebondissements improbables et de surtout - surtout - ne jamais poser l'action plus de 30 secondes, temps nécessaire à donner quelques informations clés pour la compréhension de l'histoire, histoire pas inintéressante en soi par ailleurs.
Il faut bien le dire, ce défaut inhérent à l'essentiel de la production animée - américaine - actuelle (exception notable des Pixar) m'a toutefois permis de me recharger les batteries sans pour autant perturber mon (fragile) sommeil (pas de caféine après 16h !), ce qui n'est tout de même pas rien vu l'état dans lequel je me trouvais. Mais cette volonté (noble) de ne jamais ennuyer le spectateur et de l'assomer sous une avalanche d'évènements plus ou moins crédibles risque fort 1) de lasser ce spectateur qui aimerait bien parfois un peu plus de douceur (et la tendresse bordel !) et 2) de parasiter grandement leur potentiel de revisionnement, ce qui revient à les considérer avant tout comme des produits de consommation, éphémères et tout juste bon à venir amasser quelque argent avant de disparaître de la circulation.
Etrangement (ou pas d'ailleurs) cette politique ne semble pas payer plus que ça, dans la mesure où les succès sont loin d'être phénoménaux (au mieux c'est honnête, au pire c'est un bide), là où le respect total de l'intelligence du public et l'importance de l'histoire et des personnages permettent à Pixar d'atteindre des sommets de bénéfice (l'étonnante longévité de leur Ratatouille de dernier en date le prouve) tout en proposant de véritables projets artistiques dont les messages ne se résument pas dans des petites phrases toutes faites...ce que propose Bienvenue chez les Robinson, puisque prenant pour base une citation de Walt Disney (l'homme, le vrai) disant que quelque soit les obstacles que l'on rencontre dans la vie, il faut aller de l'avant.
Dès lors, le film s'attache à illustrer cette citation de manière extrêmement lourdingue et horripilante, et qui plus est absolument directe (la phrase en question et ses dérivées sont constamment répétées dans le film, et un certain nombre de petites scénettes illustrative complètement inutiles enfoncent un peu plus le clou).
Néanmoins il serait de mauvaise de foi de ma part de réduire l'intrigue du film à l'illustration abusive de cette phrase, puisque se greffe par dessus une (légère) réflexion sur les conséquences de nos actes. Alors bien sûr, c'est moralisateur au possible (c'est quand même du Disney que diable !) et toujours un brin lourdingue, mais cet aspect du film n'en reste pas moins relativement intéressant, surtout dans la mesure où il donne lieu à une diminution certaine du manichéisme inhérent à ce genre de production.
La grande force du film provient avant tout de son scénario, sachant intégrer habilement ses quelques axes thématiques à une intrigue solide et bien ficelée, bien que constemment à la limite du ridicule, ridicule toujours récupéré par le côté carré de l'intrigue, prouvant qu'avant les idées, c'est la manière de raconter ces idées qui influence le plus sur notre perception du film.
Je ne m'étendrais pas sur la réalisation (carrée mais se limitant à de l'illustration correcte) ni sur la technique (la comparaison avec Pixar est fatale, surtout au niveau des animations qui vident de crédibilité un grand nombre de passages et de personnages).
Bref, sous ses dehors de film pour gamin débile et moralisateur, Bienvenue chez les Robinson témoigne d'un vrai savoir-faire scénaristique, handicapé néanmoins par une réalisation et une technique paresseuse, et par sa volonté de booster le rythme à chaque scène sans savoir quand s'arrêter pour profiter de l'instant. Il n'en reste pas moins un film agréable à regarder qui, s'il ne marquera nullement, pourra momentanément vous recharger les batteries, ce qui en soi n'est pas rien.