Accueil Date de création : 28/10/07 Dernière mise à jour : 11/02/09 17:42 / 34 articles publiés

Paranoid Park : l'antithèse de ce que ce blog défend.  (Critiques) posté le dimanche 28 octobre 2007 15:22

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    J’ai un problème avec le cinéma de Gus Van Sant. J’ai une certaine conception du cinéma. Cette conception du cinéma passe par un art populaire qui prend en compte son spectateur. Une prise en compte du spectateur qui consiste à privilégier l’intensité dramatique (l’émotion) plutôt que la méthode pour y arriver. C’est-à-dire que l’important n’est pas l’élément de mise en scène en lui-même (découpage, travelling, composition du cadre, lumière, son, musique, etc.) mais son effet sur le spectateur.

    Avec Gus Van Sant, j’ai l’impression de voir une suite d’ « éléments de mise en scène », mais choisis non pas en fonction de leur effet mais de leur nature, c’est-à-dire que leur signification propre ne viendra pas d’un tout (c’est-à-dire un plan intégré à d’autres plans) mais de l’élément en lui-même. Ainsi pour comprendre pourquoi telle personne est filmée au ralenti, il ne faut pas essayer de voir les effets du ralenti (amplification des mouvements, déformation de la réalité, etc.) mais le fait même que ce soit un ralenti.

    Un autre des éléments de la mise en scène de Paranoid Park vient du fait qu’en voulant être subjective (vouloir représenter l’état d’esprit du personnage principal), cette mise en scène n’est en fait qu’objective, car elle se contente de nous dire « voilà ce qu’il voit ». Ainsi plutôt que de nous faire comprendre ou ressentir ce qu’il perçoit, elle se contente de nous le faire voir. Dès lors on s’éloigne d’un cinéma « noble », c’est-à-dire un cinéma d’émotion, pour se contenter d’un cinéma de l’intellect flattant les bas-instincts de supériorité de ses (quelques) spectateurs.

    Ce refus de l’émotion trouve peut-être l’une de ses raisons dans le refus des principes du cinéma. Il n’est sans doute pas agréable de se dire qu’un art peut être régit par des principes, qu’il y a des choses qui marchent et d’autres qui ne marchent pas, et dès lors il est logique que certains réalisateurs s’efforcent de transgresser ces principes pour le simple fait de les transgresser. Mais le problème avec la transgression de ces principes, n'est pas la transgression en elle-même mais l'effet produit, effet que les grands réalisateurs (ce que n'est pas Van Sant) savent maîtriser.  Ainsi lorsque Hitchcock transgressait certaines règles de raccords regards dans une séquence de Frenzy, ça n’était pas pour le plaisir de transgresser mais pour créer une dissonance dans l’esprit du spectateur, pour lui faire ressentir un certain malaise, une certaine fausseté dans une relation entre deux personnages.

    Mais lorsque Gus Van Sant oublie en chemin quelques arcs narratifs, on a presque le sentiment de l’entendre dire « c’est parce-que c’est pas le sujet du film », se fichant d’un certain sentiment de vide et de manque qui en ressort, à l’opposé de son héros qui finit par trouver un apaisement.

    Peut-être que c’est moi qui ne suis pas suffisamment sensible pour ce cinéma, peut-être que je suis trop enfoncé dans mes « croyances cinématographiques », mais pour moi ce que fait Gus Van Sant n’est pas du cinéma. Je suis ressortie de la séance de Parnoid Park en acceptant cette différence. Gus Van Sant veut continuer à épater la galerie de cette manière ? Très bien, qu’il fasse ce qu’il veut, qu’il continue à expérimenter n’importe comment, qu’il continue à dénigrer tout un pan du langage cinématographique. Qui sait, il finira peut-être par en sortir quelque chose de bien ?

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Tous les commentaires de l'article:
Paranoid Park : l'antithèse de ce que ce blog défend.

  • janto ven 20 nov 2009 09:06
    @ Wendy :

    Je n'ai pas la prétention de détenir la vérité, j'ai bien insisté dans ma critique pour dire que cela ne concernait que mon point de vue, un avis subjectif qui même s'il s'appuie sur des théories (plus objectives, elles), il n'en reste pas moins subjectif, et quand je reproche à GVS de faire des appels du pied au côté intellectualisant de ses spectateurs, c'est parce que je ressens ces appels du pied envers moi, je ne prétends pas que c'est partout pareil et je finis même mon texte en me demandant ce qui ressortira de tout ça.

    Cela étant dit, je me permet de souligner des éléments de votre avis : vous dites "on ressent beaucoup d'émotions au travers de ces plans séquences objectifs", vous avez directement associé l'émotion ressenti à la manière de filmer, ce qui rejoint ce que je dis dans mon article sur les "éléments de mise en scène" vu non pas à l'intérieur d'un langage pour construire du sens, mais en tant qu'éléments à voir/lire comme tels. Si c'est votre manière de regarder les films et que ça vous va, tant mieux pour vous, mais ce n'est pas ce que je cherche en regardant des films.

  • Wendy mailto

    mar 03 nov 2009 09:57

    Tombée ici par hasard, je me dois de crier : HEY ! Mais enfin, c'est quoi ces idées ?

    Je ne suis pas du tout une de ces intellectuelles prétentieuses qui pensent avoir compris l'essence même du film et que je suis plus maligne et blablabla. Loin de là même. Mais j'aime vraiment beaucoup Gus Van Sant.

    Je n'ai pas vu ce film mais j'ai vu Gerry, Elephant, Last Days & My Own Private Idaho. J'ai adoré. Pour moi, on ressent beaucoup d'émotions au travers de ces plans séquences objectifs. Dans Gerry surtout car tout s'y prête - le désert, la soif, la peur, deux hommes perdus.

    Voilà, j'aimerais ajouter que c'est vous que je trouve prétentieux au travers de ce genre de remarques. Chacun ses goûts c'est vrai et je ne doute pas que bon nombre de fans du cinéma de Gus Van Sant sont en effet prétentieux & tout ça, mais un peu de respect quand même. Dire "pour moi ça n'est pas du cinéma" est une chose, critiquer & caricaturer ceux qui ont aimé en est une autre, non ? ;)

  • jonathanplacide

    lun 10 nov 2008 03:08

    Ta critique est intéressante mais elle m'embête un peu puisque je discutais avec un type sur un forum qui, globalement a utilisé les mêmes arguments que toi, mais pour casser Hellboy 2, qui n'est pas du tout le même type de cinéma, nous sommes d'accord. Je pense qu'il s'agit d'une véritable subjectivité là, ce que les propos de Pierre ci-dessous tendent aussi à prouver. Et que c'est simplement que ce type de cinéma ne te touche pas.
    Maintenant, le cas Van Sant est intéressant parce qu'il s'agit réellement d'un cinéaste opportuniste. Si son Paranoid Park est filmé comme ça (je n'ai pas vu ce film mais j'ai vu tout ces autres films), c'est surtout parce qu'il correspond à ce qui marche auprès d'une certaine catégorie de public. Quand on regarde la carrière de Van Sant, on a l'impression qu'il a toujours fait des films uniquement pour s'attirer les faveurs de tel ou tel partie du public ou de la critique, rarement la même d'ailleurs. Je pense que l'image qui définit le mieux Van Sant est sa propre interprétation de lui-même dans "Jay et Bob contre-attaquent" où on le voit en train de compter des billets verts plutôt que de réaliser son film.

  • pierre

    mer 07 mai 2008 02:48

    premierement je dois dire que je suis heureux de lire une critique négative d'un film bien construite et intélligente, fait bien trop rare ces derniers temps, vu que l'on a plus l'habitude de lire : nul ! pourii gros navet...

    cependant je n'adhere pas à ta critique, tu parles de cinema d'émotion, et je pense que ce film la montre pleinement, je me suis laisse emporte par les images du film que j'ai trouve magnifique, notamment les passages de reveries du héros au skate park, et je ne parle pas en terme de technique mais simplement du visuel allié à la musique.
    certes on peut dissequer ces scenes, mais on peut simplement les regarder, tout comme on regarde un coucher de soleil ( image un peu kitch desole ).
    et selon moi gus van sant, c'est cet aspect, simplement filmé un paysage, un personnage, prendre le temps de le regarder, d'y trouver une forme de beaute. On peut y repprocher une forme peu être trop figurative, mais il nous permet de prendre du recul et d'observer.

    persollement je ne pense pas qu'il fasse n'importe quoi, ou qu'il dénigre le cinema, il montre un autre schema narratif, et qui n'a rien de gratuit, il épure son cinema, pour toucher plus directement, je prend pour exemple le rapport son et image du film qui est parfaitement maitrisé et qui lui permet d'enlever une partie de la narration, la scene ou il quitte sa petite amie, sa voix est masque par la musique est pourtant on comprend toute la scene, on pourrait même entendre ce qu'elle dit. Ces "oublies" de narration n'on ainsi rien de gratuit, mais apparaissent sous une forme plus simple, plus épuré.

    pour finir je reconnait comme tu l'as fait, que ma critique reste avant tout un avis personnel, tout à fait subjectif, car j'aime gus van sant, et ce cinema que je trouve simplement beau

  • Wilyrah mailto

    lun 14 jan 2008 13:47

    Ca fait du bien de voir que je ne suis pas le seul à rester hermétique à ce cinéma là, si on peut l'appeler comme ça. Gus Van Sant est probablement le réalisateur qui symbolise le plus le phénomène en question : le pseudo-contemplatif masturbatoire ou "regardez comment qu'je suis bon et qu'mon film il est poétique et original"....
    Je trouve ça ennuyeux et prétentieux alors que ça ne casse pas trois pattes à un canard...